Benchelah 87

Benchelah (Anne-Catherine) : « Entre Bachelard et Lautréamont, une rencontre » ; Europe ; Lautréamont ; France ; ISSN 0014-2751 ; 1987 ; volume 64 ; n° 700-701 ; pp. 98-104, 42 notes ;

La rencontre entre Bachelard et Lautréamont est basée sur leur commune avidité de grands espaces de rêverie, et de solitude, solitude profonde et tragique. Après la découverte de Lautréamont par G. Bachelard en 1938, celui-ci écrit l’année suivante un essai sur le poète, dont la "poésie électrique" le fascine. Le philosophe admire chez le poète son aptitude à prétendre "Je est un autre", à se métamorphoser, il est à la fois homme, Dieu et Satan. Mais Lautréamont est poète à l’opposé de Bachelard, parce que nourri de désespoir, il est le poète de la douleur, douleur humaine et bestiale. Bachelard sait que Lautréamont écrit avec la force de l’instinct et c’est cela qui le séduit, cette fidélité inébranlable aux forces primitives. Il s’agit de vivre l’invaincu par le pouvoir des mots. Et Bachelard prétend que lire Lautréamont, c’est prendre un risque, parce qu’à lui seul, "Lautréamont est un risque". L’homme ducassien habite toutes les parties de l’imaginaire : l’air, l’eau, la terre, seul le feu est délaissé. Selon Bachelard, le poète traduit dans sa poésie dynamique, la primitivité du langage, et ce qui plaît au philosophe, c’est la recherche aux profondeurs de l’être, et aux zones sombres. Bachelard va exploiter cette idée de primitivité en poésie qui lui apparaît comme un phénomène tardif. C’est donc la recherche de la primitivité poétique qui réunit les deux hommes.

Citations tirées de l’article d’Anne-Catherine Benchelah :

 C’est Bachelard qui constate que "ce que la biographie ne dit pas, l’oeuvre le chante". Il y a en effet de nombreuses pages, dans les Chants de Maldoror, qui sont des hymnes aux mathématiques (Chants de Maldoror, II), hymne à l’enfance blessée (Chants de Maldoror, II), hymne au mal, à l’infini (Chants de Maldoror, I), hymne à la prostitution mais aussi hymne à la vie (Chants de Maldoror, I), hymne à l’innocence (Chants de Maldoror, II).

 [Laurence CASTEL, 1997]