3/ Lettre de Florence de Mèredieu à André Roumieux, 30 mars 1998.
"[...] Bien entendu, et en l'état actuel des informations,
il me semble que la question d'une éventuelle application
de l'électrochoc à Ville-Evrard reste ouverte. J'entends
bien toutes vos précisions, mais -- sur le fond -- elles
me semblent ne rien changer.
Peut-on tout d'abord penser que les examens annoncés
comme "allant avoir lieu" par le docteur Menuau le
30 juillet 1942 sont ceux qui ont été effectués
le 25 juin 1942? -- Ne s'agit-il pas d'autres examens, et si oui,
lesquels? Cette radioscopie des poumons, étant par ailleurs
normale, ne pouvait constituer un obstacle à l'application
de l'électrochoc. Alors?
L'absence de notations sur le dossier médical entre les
deux dates du 30 juillet 1942 et du 24 décembre de la même
année n'est-elle pas en elle-même curieuse puisqu'un
traitement par électrochocs avait été envisagé.
Pourquoi ce "blanc"?
Un tel "examen", effectué dans les services
du docteur Rondepierre, n'aurait-il pas pu être "passé
sous silence"? Et conservé dans les seules archives
de Rondepierre, lequel a lui-même bien fait remarquer qu'en
ce qui concerne ses recherches, il n'avait pas toujours tout dit
et annoncé à ses collègues (voir, sur ce
point, l'entretien avec G. Lamarche-Vadel). J'ai personnellement
été toujours étonnée qu'Artaud (interné
à Ville-Evrard et en un lieu où précisément
se développait de manière massive la technique de
l'électrochoc) n'ait pas subi ce traitement. A fortiori
à partir du moment où il y a eu la demande de la
mère d'Artaud. Qu'est-ce qui pouvait s'opposer alors à
cette application?
Que le docteur Le Gallais passe sous silence les 58 électrochocs
de Rodez n'a rien de surprenant puisque ni l'électrochoc,
ni Artaud ne sont les objets centraux de son étude. Il
se sert de l'observation d'Artaud afin d'étayer son étude
de la "méconnaissance systématisée chez
les schizophrènes". Ce qui rend sa notation plausible
est précisément qu'elle soit effectuée "sans
intention" par rapport au traitement. Et comme simple notation.
Sans doute faudrait-il effectuer des recherches dans les archives
de Rondepierre. Mais là encore, le document a pu disparaître...
Quant aux éventuelles réactions d'Artaud, là
encore il y aurait beaucoup à dire sur la "gestion
asilaire" possible d'une telle question, d'autant que le
transfert d'Artaud à Rodez, effectué début
1943, a pu brouiller quelques pistes. Mais ce serait sans doute
un peu long. [...]".
Florence de Mèredieu