EDITION

 

            Livres à paraître :

 

Artaud en revues. Sous la direction d'Olivier Penot-Lacassagne. L'Age d'Homme, Bibliothèque Mélusine, printemps 2005.

 

Olivier Penot-Lacassagne : Présentation. En extrémité d'écriture.

 

Alain Paire - 1920-1927 : Marcel Pagnol, Léon Franc, André Gaillard et Jean Ballard, interlocuteurs d'Antonin Artaud dans les revues de Marseille.

 

Alain Virmaux - Le Crapouillot (1922) : quatre textes retrouvés sur des hommes de théâtre : Dullin, Signoret, Pitoëff, Sarment

 

Norbert Bandier - Artaud et La Révolution surréaliste

 

Guy Dureau - "La sacro-sainte N.R.F..."

 

Mireille Larrouy, Olivier Penot-Lacassagne- Antonin Artaud : 1943-1948

 

Daniel Briolet - Antonin Artaud et La Tour de Feu : une prédilection de longue date

 

Olivier Penot-Lacassagne - Vérités de Tel Quel

 

Laurent Dubreuil - Artaud et la revue Change

 

Christian Prigent - Artaud : le Toucher de l'Etre (entretien sur TXT avec Olivier Penot-Lacassagne)

 

Guillaume Bridet - Retour sur l'histoire d'une malédiction poétique et éditoriale. La réception d'Antonin Artaud dans Le Monde, Le Figaro et Libération de 1990 à 2002

 

Alain Clerc, Olivier Penot-Lacassagne - Artaud dans la presse alternative: l'exemple des fanzines rock

 

Annexe :

Bernard Baillaud - Edouard Toulouse, Antonin Artaud et la revue Demain

Olivier Penot-Lacassagne - La juste place...

 

Présentation

 

« Il n’y a pas assez de revues, ou si l’on veut toutes les revues sont inutiles », affirme Artaud dans le texte d’ouverture du n°1 de Bilboquet, un feuillet double de papier gris qu’il signe du pseudonyme d’Eno Dailor. « Nous paraissons parce que nous croyons répondre à quelque chose. Nous sommes réels. Ceci au besoin nous dispense d’être nécessaires. Il devrait y avoir autant de revues qu’il y a d’états d’esprit valables. Le nombre des papiers imprimés serait alors réduit à très peu, mais ce très peu donnerait le précis et la somme de ce qui doit être pensé ou ce qui vaut d’être publié. »

Artaud, dont les proses et les premiers poèmes ont déjà paru dans les revues marseillaises La Criée et La Rose des vents, au Mercure de France et dans la revue Demain, dirigée par le docteur Toulouse qui l’en nommera secrétaire de rédaction aux côtés de Gonzague Truc, dans le quotidien L’Ere nouvelle et dans Le Crapouillot, rêve en 1923 d’un espace éditorial qui ne serait pas « esclave d’une manière de penser », d'une revue qui ne « mépriser[ait] pas la pensée ». Bilboquet veut être ce lieu inattendu qui saurait dire sans compromis un certain « état d’esprit ». Car il ne s'agit pas pour son fondateur de faire écho aux débats du moment. Par le biais de cet organe intempestif et en l’absence de « pensée vraie », Artaud ne veut répondre que de lui-même ; élevant le ton, il proclame une rupture décisive, expose, avec toute la force d’une imposition, un droit irréductible à parler sans plus débattre ni combattre.

La courte aventure de Bilboquet (deux livraisons) exprime cette exigence. Aucune collaboration ne viendra étoffer les feuillets qui le composent. Bilboquet est l'oeuvre d'un seul, le lieu propre de la saisie de soi, en extrémité d'écriture. « Nous choisissons donc », poursuit Artaud, « le seul moyen d’être nous-même et de l’être totalement. Nous paraîtrons quand nous aurons quelque chose à dire. Quand nous croirons avoir une vue intéressante sur une fausse manière de penser, ou qu’un fait esthétique ou moral nous semblera susceptible d’être discuté. Cette revue sera donc une revue personnelle, intéressante en tant que la chose d’un seul, mais nous accueillerons à titre d’invités les artistes et écrivains dont les productions nous paraîtront s’accorder avec notre état d’esprit, l’illustrer, ou s’y rapporter d’une manière quelconque. » Non daté, sans adresse et sans nom d’imprimeur, le second numéro qui paraît en décembre 1923 souligne cet écart. Le lecteur ne peut en identifier la source, en reconnaître la place : l'éphémère parole de Bilboquet s’offre à lui « dans sa nudité absolue ».

Cette expérience singulière ne résume certes pas la relation qu'Artaud entretient avec les revues qui le publient. Mais quel que soit le texte proposé, qu'il s'agisse d'un poème, d'une note, d'un manifeste, d'un essai ou d'une lettre, la nécessité de faire l'épreuve de soi, de s'annoncer et de se dire, y est sans cesse affirmée. De 1920 à sa mort, en mars 1948, Artaud trouve dans l'espace diversifié des revues une « location d'être » (J. L. Nancy), un lieu où se rassembler et s'exposer.

 

Il revient sans doute à Jean Paulhan, plus qu'à Jacques Rivière, d'avoir mesuré la portée des premiers essais d'Artaud. « Que l'on imagine un écrivain se trouvant, par nature, dans le même état de folie, d'hallucination constante où tout l'effort de Rimbaud et des surréalistes est de jeter la poésie, n'ayant plus qu'à gagner la conscience, la clarté... (Je voudrais bien que vous jugiez Artaud à partir de ce point) », confie le Secrétaire de La N.R.F. à Jean Schlumberger, en novembre 1925. Cette sensation d'excès à laquelle Paulhan prête attention caractérise bien l'écriture artaudienne. Paulhan, dont le soutien, critique et nuancé, est conduit par une patiente réflexion sur la langue et sur la responsabilité de l'écrivain, rapportée dans ses Fleurs de Tarbes en 1941, accueillera les premiers essais, « assez durs à avaler », d'Artaud. En dépit de divergences ponctuelles, il le soutiendra fidèlement et lui ouvrira les pages de sa revue, brisant l'isolement éditorial qui le menaçait et contribuant à maintenir sa présence singulière dans le champ littéraire.

Les revues qu'Artaud sollicite ou auxquelles il collabore ne constituent pas, loin s'en faut, une forme marginale de diffusion de ses textes ; elles sont bien au contraire les lieux d'expérimentation de sa pensée, de postulation de son droit à exister. La Révolution surréaliste, La N.R.F. ou Les Cahiers du Sud dans les années vingt et trente, L’Arbalète, L’Heure nouvelle ou Troisième Convoi dans l'immédiat après-guerre, seront les instances de légitimation et les tribunes qu'il espérait.

Mais la question, toujours en suspens, de la réception posthume de ses écrits dans des revues poétiques ou d'avant-garde (K, 84, La Tour de Feu, Change, Tel Quel, TXT), dans la presse littéraire (Le Monde des Livres, Libération, Le Figaro littéraire) et dans des publications très restreintes comme les fanzines rock, mérite aussi d'être abordée. Après les années d'internement, le Paris retrouvé de la Libération marque la première étape d'une sacralisation qu'inaugure l' « Hommage à Antonin Artaud » au théâtre Sarah-Bernhardt, le 7 juin 1946. Le Tout-Paris du théâtre et des lettres célèbre avec ferveur le retour du Mômo comme celui d'un « voyageur remonté des enfers avec un formidable trophée » (Gide). « On a ce jour-là publiquement honoré l'un des grands et le dernier des poètes maudits », écrit Pierre Minet dans son livre La Défaite. La Conférence du Vieux-Colombiers, le billot de bois d'Ivry, le couronnement du Van Gogh, l'interdiction de l'émission Pour en finir avec le jugement de Dieu concourront à l'essor de ce mythe.

*

Artaud disparaît le 4 mars 1948. La fable relayant et amplifiant l'oeuvre, Artaud est dès lors l'enjeu de polémiques nombreuses, faites d'indignations et de controverses, puis l'adjuvant indispensable de stratégies théoriques et esthétiques d'avant-garde. Mais dans ce contexte exalté, comment est dite la singularité de son oeuvre?

Le « cas Artaud », on le sait, est rapidement devenu « l'affaire Artaud ». La querelle des papiers disparus, le problème des inédits et du droit d'en disposer, le procès des médecins, le contentieux farouche entre la « Société des Amis d'Antonin Artaud », fondée par sa soeur, Marie-Ange Malausséna, et « l'Association des Amis de l'oeuvre d'Antonin Artaud », qui regroupe ceux qui l'ont connu ou approché en ses dernières années, ont alimenté durablement les oppositions. Dès 1948, ces affrontements séparent les revues. Il y a celles qui célèbrent Artaud avec ferveur et celles qui appellent au contraire à un dépouillement lucide des commentaires affectifs. Le « panégyrique bêlant » des revues K et 84 est ainsi dénoncé par Jérôme de Weltheim dans le n° 27 de La Tour de Feu (1948) que dirige Pierre Boujut et qui participe avec force aux débats posthumes. Les numéros 63-64 de 1959 de cette revue, réédités en 1971, repris et complétés en 1977 et en 2002, essaieront tant bien que mal de défaire le tissu des légendes. Mais cette tentative de démystification se heurtera à la virulence des commémorations.

Les lectures militantes des avant-garde des années 60 et 70, en particulier celle de Tel Quel, rompent-elles avec ce climat empoisonné? Certes non. Mais aux querelles de famille Tel Quel substitue un questionnement théorique qui renouvelle radicalement l'actualité d'Artaud. Cette manière de se réclamer de l'auteur du Pèse-Nerfs a souvent été moquée : figure tutélaire de l'avant-gardisme, Artaud a semblé servir de prétexte et de caution à des engagements de circonstance. Mais ce jugement masque l’adhésion profonde du groupe à un certain visage d’Artaud ; il occulte l’apport déterminant de Tel Quel à qui il revient d’avoir jeté sur cette oeuvre une lumière originale, le matérialisme de la revue s'affranchissant brutalement des lectures spiritualistes qui s’imposaient encore.

La presse, quant à elle, n’a pas manqué de répercuter les avatars des batailles procédurières qui ont entouré la publication des Œuvres complètes et opposé les éditions Gallimard et Paule Thévenin aux ayants droit d’Artaud. Les pages littéraires de certains quotidiens, tels Le Monde, Libération et Le Figaro, ont rendu compte avec constance, ces quinze dernières années, de « l’affaire Artaud ». A relire cet ensemble d'articles, il apparaît que la « curiosité ardente » que ce dernier a inspirée et inspire encore n’est pas égale d’un journal à l’autre. Des variations d’humeur, de style et de ton sont perceptibles, qui trahissent partis pris, postures et positions, constituent l'idiome et comme la signature du quotidien examiné.

Mais loin des revues « officielles » et de la grande presse, des publications alternatives liées aux milieux rock ont elles aussi exploité certains visages d'Artaud, fabriquant de la sorte une postérité imprévue où les controverses familiales et les appropriations idéologiques n'ont plus cours. Bien que marginales, elles montrent la persistance du mythe et son renouvellement incessant.

*

La lecture que nous proposons ici, à la fois biographie littéraire et cartographie d'une postérité, porte donc tout à la fois sur la diffusion des écrits d'Artaud dans les revues qui lui sont contemporaines et sur leur réception dans celles qui lui sont posthumes. Les premières traduisent sa revendication d'un droit à parler, sa recherche d'une légitimité. Les secondes témoignent de la formation d'un mythe et de l'exploitation d'une mythologie. Le nom d'Artaud circule, se monnaie, s'échange. On l'interpelle, on l'exhibe, on le malmène, on le défend. Artaud, tellement sollicité, est enseveli sous nos enthousiasmes, nos réticences, nos humeurs, nos célébrations, nos ressentiments. L'oeuvre trop souvent négligée, il est devenu ce que nous en avons fait. Sans doute son actualité résulte-t-elle en partie de cette diversité des usages et des pratiques. Mais un autre rapport à cette oeuvre surexposée reste très certainement à inventer.

 

Olivier Penot-Lacassagne

 

 

Antonin Artaud et les avant-gardes théatrâles. Sous la direction d'Olivier Penot-Lacassagne. Editions Minard, printemps 2005.

 

 

Sommaire

Présentation : Olivier PENOT-LACASSAGNE

 

1) Henri BÉHAR : "Pourquoi le théâtre Alfred-Jarry?"

 

2) Isabelle KRZYWKOWSKI : "« Le côté révélateur de la matière ». Masques, mannequins et machines dans le théâtre d'Antonin Artaud (1920-1935)."

 

3) Giorgia BONGIORNO : "Le Jet de sang".

 

4) Viviane BARRY : "Bali, Rags et Mudras ou Artaud, Daumal et le théâtre oriental."

 

5) Guy DUREAU : "D'une catastrophe l'autre : le Mexique et la mise en scène de la Cruauté."

 

6) Monique BORIE : "Le théâtre des années soixante : « l'ère Artaud »."

 

7) Françoise QUILLET : "Antonin Artaud et Ariane Mnouchkine."

 

8) Mari SAKAHARA : "Artaud et le Japon : pour une histoire transnationale du théâtre".

 

9) Olivier PENOT-LACASSAGNE : "Artaud et les pratiques théâtrales contemporaines : l'exemple de la Slovénie"

 

10) Pierre-Antoine VILLEMAINE : "Artaud. Le vertige de l'acteur."

 

 

Les autoportraits d’Antonin Artaud. Jet, trajet, par Natacha Allet. Genève, Éditions La Dogana, collection "Images", novembre 2005.

Introduction

 

1. L’autoportrait du 11 mai 1946

          Asymétrie, contraste

          Ex-pression

          Défixation, multiplication, limite

 

2. « La tête bleue »

          Le souffle

          La glossolalie

 

3. Arme, jet, projection

        Une scène graphique

        Le trait et le creux

       Traits du visage

       La frontalité de l’autoportrait

 

4. La quête : parcours et savoir

       Sur les traces du visage

       L’inconnu en soi-même

       L’œil et le trait

 

5. L’autoportrait postdaté

      Opposition et biffure

      Fragmentation et articulation

      Un corps-image

 

Epilogue