L'HISTOIRE INCONGRUE DE QUATRE MOTS FRANCAIS

(Aux enseignants de FLE - Introduction)
(
Evolution phonétique : [ kanar ] (canard) - Evolution morphosyntaxique : "chandail")
(
Evolution orthographique : huile - Evolution sémantique : album)


Aux enseignants de FLE

Le français dans sa dimension historique n'est que très rarement abordé dans les classes de FLE, et ne figure dans aucun dossier de civilisation que l'on trouve dans les méthodes.

On oublie pourtant que la langue fait parti du patrimoine culturel d'un pays autant que l'architecture ou les arts. Elle a pourtant cette caractéristique qui la distingue du patrimoine culturel traditionnellement étudié en classe de FLE :

le langage est un patrimoine vivant et en perpétuelle évolution.

La conservation de ce patrimoine ne peut donc résider que dans la connaissance de son évolution qui ne va pas sans une prise de conscience d'un devenir.

On oublie également que l'apprentissage d'une langue étrangère doit être avant tout une réflexion constante de la part des apprenants sur la langue et le langage. La réflexion historique y a sa place. Elle peut être abordée en classe de FLE de façon vivante et intéressante.

Introduction (retour au début de page)

Le langage évolue sans cesse. A certains moments plus rapidement qu'à d'autres. Il évolue du point de vue:

  • phonétique, c'est à dire du point de vue de la prononciation ;

  • morphologique ;

  • orthographique ;

  • sémantique.

Voici l'histoire incongrue de l'évolution de quatre mots qui illustrent ces quatre champs d'étude de la linguistique historique.

Evolution phonétique : [ kanar ] (canard) (retour au début de page)

Si, aujourd'hui, la prononciation du français change d'une région à l'autre, elle fut également différente d'un siècle à l'autre. Beaucoup de sons ont en effet complètement disparus, d'autres se sont modifiés et, en se modifiant, ont formé des mots nouveaux.

"Canard" est un exemple très amusant d'évolution de la prononciation.

"Canard" est en réalité un dérivé du nom féminin "cane" auquel on a ajouté le  suffixe (la terminaison) "-ard".

"Cane" a pour étymon (mot d'origine) le mot latin "anas". Ce mot a évolué en ancien français en "ane", si bien qu'à l'oral on ne savait pas quand quelqu'un parlait de l' [an] s'il était question de notre cane ou de l'autre animal dont le nom se prononçait de la même façon: l'âne.

Très vite le son [k] est venu s'apposer au mot, qui s'est orthographié "cane".

Evolution morphosyntaxique : "chandail"  (retour au début de page)

Si vous ouvrez un roman de chevalerie du XII° siècle, par exemple la Quête du Saint-Graal, vous constaterez que les noms n'ont pas la même terminaison selon leur fonction dans la phrase. La présence des cas en ancien français est une particularité morphosyntaxique dérivée du latin et dont il ne reste presque aucune trace en français moderne.

Le mot "chandail" est un autre exemple d'évolution morphosyntaxique beaucoup plus récente et particulière que la disparition des cas en français. L'histoire de ce mot est la suivante :

Le mot "chandail", qui signifie "gilet sans boutons", est né au siècle dernier dans les halles. Il s'agit en réalité d'une abréviation populaire de "marchand d'ail" en "chand d'ail" que criait les marchands d'ail pour attirer la foule. Très vite, ce mot a servi à désigner le gros tricot qui les protégeait des intempéries.

Evolution orthographique : huile  (retour au début de page)

L'orthographe si compliqué du français a aussi évolué, mais rarement en se simplifiant. Contrairement aux autres domaines d'évolution des langues, l'orthographe suit une évolution arbitraire régie par les différentes institutions de la langue française qui ont existé. L'institution actuelle qui décide de ces questions est l'Académie française.

Les lexicographes affirment que la plupart des mots français dont la première lettre est la consonne -h- sont d'origine germanique. Il existe néanmoins quelques mots d'origine latine commençant par -h-, mais dont l'étymon latin ne commençait pas par cette consonne. Le mot "huile" en est un exemple, son étymon latin étant "olea".

On suppose que le -h- est apparu à l'écrit pour éviter toute confusion entre les mots "uile" et "vile" à l'époque ou la consonne -v- s'écrivait -u-. Le cas est identique pour le chiffre huit qui vient du latin "octo" et qui pouvait être confondu avec "vit".

Evolution sémantique : album  (retour au début de page)

Le mot "album" vient de l'adjectif latin "albus" qui signifie "blanc".

Le nom "album" était en fait déjà employé chez les romains. Il permettait de désigner un tableau blanchi au plâtre qui était exposé publiquement, et sur lequel on inscrivait le nom des personnages officiels, sénateurs ou juges. On s'en servait également, lors des concours de musique, pour inscrire la liste des musiciens qui concouraient.

En France, cette pratique du tableau blanc n'ayant pas cours, le mot n'a pas été réemployé. Il ne réapparaît qu'au XVIII° avec l'invention du livre d'or, qui, reprenant l'idée de liste de personnes de l'album romain, est appelé "album amicorum", l'album des amis, puis plus simplement "album". Du sens de "livre d'or", album prend bientôt le sens de carnet où l'on met des souvenirs, où l'on glisse une fleur, un dessin,  puis, avec l'apparition de la photographie, où l'on glisse une photo.