Organisateurs

Isabelle Bril (LACITO - CNRS), Isabelle.Bril@vjf.cnrs.fr, & Georges Rebuschi (Paris 3 - LACITO), rebuschi@idf.ext.jussieu.fr, avec la collaboration de Mary-Annick Morel (EA1483 Paris 3 - FDL).

Préliminaires

Les organisateurs de ce colloque, quoique travaillant dans des perspectives théoriques différentes, partagent la même position sur les points suivants :
- il n'y a pas d'opposition entre l'étude de la variation trans-linguistique et la typologie d'une part, et la théorisation ou la formalisation de l'autre, car ces deux points de vue s'enrichissent mutuellement : les descriptions fines de langues et les repérages de corrélations entre des propriétés parfois inattendues peuvent servir de contre-exemples à des propositions d'universaux plus ou moins abstraits, et, inversement, le développement des théories mène les descripteurs à rechercher des données dans des domaines jusque-là insoupçonnés ;
- la nomenclature des morphèmes et des classes de mots et les types de procédés de construction ne sont pas donnés une fois pour toute, mais dépendent aussi d'hypothèses théoriques.

Problématique

Dans cette double perspective, un colloque consacré à la typologie et la modélisation de la coordination et de la subordination permettra de faire le point dans un domaine grammatical souvent jugé comme étant " mineur " en raison du caractère non-fléchi des conjonctions dans les langues anciennes [1] , et qui, de ce fait, souffre d'un retard certain par rapport à d'autres domaines (tels que la diathèse, la détermination, la focalisation, entre autres).
De plus, si, pour certains, la distinction entre coordination et subordination semble aujourd'hui bien établie, cela n'a pas été toujours le cas, comme l'indique la " super-classe " de mots que constituaient les conjonctions. Cependant, les développements de la théorisation syntaxique depuis près d'un siècle ont montré, ne serait-ce que par la diversités du contenu notionnel d'étiquettes telles que taxis (syntaxe, hypotaxe et parataxe), jonction (ad-jonction, co-jonction), ordination (co-ordination, sub-ordination, co-sub-ordination)... que la classification des modes de complexification des énoncés (de la coordination la plus " simple " à l'adjonction de propositions circonstancielles, en passant en particulier par des zones floues entre circonstancialisation [ad-jonction] et rection [sub-ordination]), est sans doute plus complexe qu'il n'y paraît à première vue.

Par suite, les communications partiront de manière privilégiée des questions fondamentales suivantes :
(a) Quel est l'apport au débat de la description précise des langues naturelles, prises dans leur spécificité ou comparées entre elles ? (cf. les problèmes de nomenclature des morphèmes et les types de procédés de construction de la dépendance entre proposition) ?
(b) Comment les modèles actuels de formalisation syntaxique traitent-ils de ces phénomènes ?
(c) A l'interface entre morphosyntaxe, lexique et sémantique, quelles relations les conjonctions des langues naturelles entretiennent-elles d'une part avec les connecteurs logiques, et d'autre part avec des phénomènes cognitifs liés, de manière plus ou moins lâche, à ces derniers ?
(d) Une fois prise en compte la prosodie, la notion de parataxe (ou simple juxtaposition) peut-elle être maintenue ?

Communications

Les trente-trois communications[2] au colloque (toutes sélectionnées anonymement) traiteront (i) des types de marques segmentales et supra-segmentales de la dépendance et de la coordination (prosodie, ordre linéaire, nominalisation, variations de mode, etc), ou leur absence dans les langues les plus variées, et (ii) de la capacité de diverses théories à décrire ces phénomènes dans leurs dimensions phonologique, morphologique, syntaxique, vériconditionnelle et/ou pragmatique, et à l'interface de ces sous-domaines.
Les langues traitées seront les suivantes.
(i) Dans le domaine indo-européen : allemand - anglais - français (parlé / écrit; apprentissage monolingue / bilingue) - grec moderne - (langues) indo-aryennes - latin - portugais - (langues) romanes - russe - tchèque.
(ii) Hors de ce domaine : basque - chinois contemporain - (langues) ouraliennes - japonais - wolof.
Le programme, non encore définitivement arrêté, répartira sur six demi-journées des communications classées en fonction de leur centrage spécifique : il peut s'agir d'approfondissement des concepts de coordination ou de subordination, envisagés pour eux-mêmes, ou encore d'une étude de ces cas limites ou douteux, qui représentent la spécificité et l'intérêt particulier du colloque.
Bien que la perspective soit typologique et formelle, on essaiera également de regrouper, dans la mesure du possible et en privilégiant la grille décrite à l'instant, les communications par langues traitées.



[1] On sait aujourd'hui (i) que certaines conjonctions de subordination ou complémenteurs peuvent être fléchis (flamand occidental), (ii) que certaines prépositions peuvent l'être aussi (langues celtiques, sémitiques, finno-ougriennes), et enfin que les mêmes morphèmes fonctionnent parfois comme prépositions et conjonctions (langues slaves, bantoues...).

[2] Douze universitaires et chercheurs en poste à l'étranger - en Europe bien sûr (Belgique, Espagne, Grande-Bretagne, Italie, Portugal), mais également au Canada et en Chine - ont été retenus.