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Agrégation 2000 - Journée Hubert de Phalèse |
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ITALIQUES : la langue italienne dans Corinne ou l’Italie |
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Béatrice Attias |
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INTRODUCTION. |
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Dans " italique " se rencontrent trois sèmes : un sème graphique (quand il qualifie une police de caractères), un sème national (quand, dans un usage vieilli, il qualifie ce qui est italien), un sème linguistique (quand ce mot désigne les langues romanes parlées dans le sud de l’Italie). Ces trois sèmes sont représentés dans Corinne ou l’Italie, roman regorgeant de mots en italiques, roman sur l’Italie, sur des personnages agissant en Italie, parlant en italien ou non, roman commentant les paroles de ses personnages. |
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D’où le sujet de mon étude : comment ces sèmes sont mis au service d’une réflexion menée en langue française, sur la langue italienne, et plus largement, sur le rapport qu’entretiennent entre elles les langues européennes. |
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Pour ce faire, je me suis intéressée au corpus d’occurrences des mots suivants : son / mot / langage / langue / dialecte / naturel / maternel / étranger / conversation / dialogue / entretien / traduction / traduire / italien / vénitien / bolonais / toscan, ainsi qu’aux mots graphiés en caractères italiques. |
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Je me propose de l’exposer en trois parties : |
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I/ LA LANGUE DU MIDI, UNE LANGUE IDEALE. |
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A/ Genèse harmonique. |
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A1/ Cette perception idéaliste s’appuie sur une conception de la genèse des langues (comme de toute institution humaine) où le climat joue un rôle déterminant. Reflet d’un environnement serein et généreux, la langue italienne s’est développée selon des principes d’harmonie. |
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Le climat informe les dominantes phonétiques de la langue, si bien que sa musicalité est nantie d’un statut synesthésique. |
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" L’italien a un charme musical qui fait trouver du plaisir dans le son des mots presque indépendamment des idées ; ces mots d’ailleurs ont presque tous quelque chose de pittoresque, il peignent ce qu’ils expriment. Vous sentez que c’est au milieu des arts et sous un beau ciel que s’est formé ce langage mélodieux et coloré. " (83) |
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Le climat influe également sur le lexique, contribuant à la formation d’images célébrantes. |
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" Quand nos Siciliens, en conduisant les voyageurs dans leurs barques, leur adressent dans leur gracieux dialecte d’aimables félicitations, et leur disent en vers un doux et long adieu, on dirait que le souffle pur du ciel et de la mer agit sur l’imagination des hommes ". (84) |
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A2/ Les allusions aux langues du Nord fonctionnent, dans cette isotopie, comme repoussoirs : elles rehaussent la langue italienne et l’extraordinaire force vitale qu’elle draine. |
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Dans ces pays à la nature hostile, l’homme fait l’expérience continuelle de l’insatisfaction, transcrite dans le domaine de l’expérience auditive. " Quand on contemple un beau site dans le nord, le climat qui se fait sentir trouble toujours un peu le plaisir qu’on pourrait goûter. C’est comme un son faux dans un concert. " (287) |
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Cette expérience est logiquement relayée dans le domaine langagier. " la douleur chantée dans les langues du nord, qui semblent inspirées par elles " (67). A propos du rude dialecte bolonais : " il n’en est pas de plus rauque dans les langues du nord " (560). |
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B/ Vertueuse oralité. |
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B1/ Une autre grande qualité fondant la langue italienne en modèle est son caractère oral : le soleil informe en effet sa pragmatique, en invitant à un échange, plaisant et fructueux sous de tels auspices. |
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Corinne et Oswald prennent la mesure de ces mœurs langagières en visitant Pompéi. " Il est évident, par ce genre d’habitation, que les anciens vivaient presque toujours en plein air, et que c’était ainsi qu’ils recevaient leurs amis. (...) Il semble que le caractère des entretiens et de la société doit être différent avec de telles habitudes, que dans les pays où la rigueur du froid force à se renfermer dans les maisons. On comprend mieux les dialogues de Platon en voyant ces portiques sous lesquels les anciens se promenaient la moitié du jour. " (301-302) |
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B2/ Cette pratique orale de la langue est donc exaltée par son rattachement à l’exemplum antique. Elle rappelle avec nostalgie les temps où l’Italie était l’espace d’une parole vertueuse, presque inspirée. |
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Cette idée est présente dans la défense que fait Corinne du théâtre d’Alfieri. Elle reconnaît qu’" il a retranché les confidents, les coups de théâtre, tout, hors l’intérêt du dialogue ", à cela elle ajoute qu’il a été admiré " parceque les habitants de Rome sur-tout applaudissent aux louanges données aux actions et aux sentiments des anciens Romains, comme si cela les regardait encore. " (185) |
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C/ Une poésie innée. |
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C1/ L’idéalité de la langue italienne tient aussi à son caractère naturellement poétique. Cette qualité découle de la conjonction des deux premières : une musicalité mise en œuvre dans une parole inspirée. |
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Il en découle une facilité innée pour l’improvisation : " Ce talent d’improviser, reprit Corinne, n’est pas plus extraordinaire dans les langues du midi, que l’éloquence de la tribune, ou la vivacité brillante de la conversation dans les autres langues. " (82) |
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De là aussi une expressivité des sentiments catalysée : " la mélodie des sons ajoute un nouveau charme à la vérité de l’accent : c’est une musique continuelle qui se mêle à l’expression des sentiments sans lui ôter de sa force. " (191) |
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C2/ Cette qualité est d’autant plus rare qu’elle est universellement répandue chez les Italiens. |
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Oswald est surpris d’entendre dire de Corinne par un homme de la rue " c’est une divinité entourée de nuages " (51), la voix narrative commente alors " dans le midi, l’on se sert si naturellement des expressions les plus poétiques, qu’on dirait qu’elles se puisent dans l’air et sont inspirées par le soleil. " |
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C3/ Enfin, Corinne pousse à leur paroxysme les qualités poétiques de la langue. Elle réalise le rêve poétique d’une expression totale et authentique. |
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Le prince Castel-Forte cite à son propos le vers de Pétrarque, traduit en bas de page " le langage qu’on sent au fond de l’âme " (56). |
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II/ L’Italie OU LA TOUR DE BABEL. |
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En contraste de cette vision idyllique, un certain nombre d’informations viennent entamer cette toute-puissance de la langue italienne. |
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A/ Manques à dire. |
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En tant qu’institution, la langue italienne est le reflet des réussites de l’esprit humain, mais aussi de son incomplétude. |
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A1/ Elle ne propose qu’une palette limitée d’expressions. |
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" La mélodie brillante de l’italien convient mieux à l’éclat des objets extérieurs qu’à la méditation " (174). |
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À propos du dialecte vénitien, " Ce dialogue est charmant quand on le consacre à la grace ou à la plaisanterie ; mais quand on s’en sert pour des objets plus graves ; quand on entend des vers sur la mort, avec ces sons délicats et presque enfantins, on croirait que cet événement , ainsi chanté, n’est qu’une fiction poétique. " (423) |
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A2/ Perverties, ou seulement poussées à bout, les qualités de l’italien peuvent s’inverser. Et la frontière est mince, entre une très grande expressivité et la séduction verbale. |
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Corinne met en garde : " Il est donc plus aisé en Italie que par-tout ailleurs de séduire avec des paroles sans profondeur dans les pensées, et sans nouveauté dans les images. La poésie, comme tous les beaux arts, captive autant les sensations que l’intelligence. " (83) |
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Oswald a cette dure réflexion, face à l’importun cabotin de Milan : " Le langage poétique est si facile à parodier en Italie, qu’on devrait l’interdire à tous ceux qui ne sont pas dignes de le parler. " (555) |
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B/ Le barrage des langues. |
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La fonctionnalité de l’italien est mise en cause par la présence de différentes langues, dans le récit. |
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B1/ Cette langue est elle-même un ensemble composite, formé de dialectes très typés, fort différents les uns des autres. |
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À propos de cet agglomérat linguistique : " L’italien est la seule langue de l’Europe dont les dialectes différents aient un génie à part. " (433) |
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Du dialecte vénitien : " doux et léger comme un souffle agréable " (423). |
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Des Toscans : " leurs expressions pleines d’imagination et d’élégance " (512). |
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Du dialecte bolonais : " il n’en est pas de plus rauque dans les pays du nord " (560). |
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B2/ Terre d’exils divers, l’Italie accueille des représentants d’autres communautés linguistiques, qui font l’expérience de l’incompréhension. |
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Cette incompréhension participe à la douleur de l’exilé : " traverser des pays inconnus, entendre parler un langage que vous comprenez à peine, voir des visages humains sans relation avec votre passé ni avec votre avenir, c’est de la solitude et de l’isolement sans repos et sans dignité. " (32) |
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" N’est-ce pas la langue, les coutumes, les mœurs dont se compose l’amour de la patrie , cet amour qui donne le mal du pays, terrible douleur des exilés ! " (282-283) |
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C/ Contestations. |
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À certains personnages revient le rôle de contestation de l’usage de cette langue, dans un espace italien qui n’est plus une simple convention littéraire, mais le miroir de réels enjeux politiques, dans lesquels la langue a à voir. |
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C1/ De par son incapacité à parler italien, monsieur Edgermond se fait le représentant de l’isolationnisme britannique. Décrit comme " suivant dans tous les pays les coutumes du sien, ne vivant qu’avec les Anglais, et ne s’entretenant jamais avec les étrangers, non par dédain, mais par une sorte de répugnance à parler les langues étrangères, et de timidité même à l’âge de cinquante ans, qui lui rendait très difficile de faire de nouvelles connaissances. " (167-168) |
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C2/ La comte d’Erfeuil se présente comme un ridicule écho de la vanité et des visées hégémoniques françaises. |
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79 : d’un récit en italien auquel il a assisté, il rapporte à Oswald : " il l’a raconté avec beaucoup de feu et d’imagination, autant que j’en puis juger, grace aux deux leçons d’italien que j’ai prises ; mais il y a tant de mots français dans les langues étrangères, que nous les comprenons presque toutes, même sans les savoir. " |
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III/ METISSAGES. |
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De tels peurs et désirs ne reçoivent certes pas la caution de Corinne, ni de la voix narrative, au contraire partisanes d’un enrichissement mutuel des langues. |
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Ce roman sur l’Italie, carrefour des langues européennes, peut être le support de pratiques positives visant à cette interpénétration. |
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A/ Maïeutique conversationnelle. |
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Espace de rencontre de personnes aux représentations, aux mœurs et aux langues différentes, l’Italie est un lieu propice à la conversation, pratique de confrontation et de mise en commun. |
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A1/ Cette conversation développe la tolérance et la curiosité à l’égard de l’étranger. |
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Celles mêmes que Corinne appelle de ses vœux, dans son séjour anglais, voulant " rencontrer ces hommes supérieurs qui savent tout juger et tout connaître, et qui, sentant les besoins des plaisirs inépuisables de l’esprit et de la conversation, auraient trouvé quelque charme dans l’entretien d’une étrangère, quand même elle ne se serait pas en tout conformée aux sévères usages du pays " (369). |
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A2/ Elle développe un climat d’émulation, où chacun peut montrer le meilleur de soi. |
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Quand M. Edgermond pique l’honneur de Corinne, dans son salon, c’est par admiration pour son génie tout italien : " pour l’engager à parler, il amena la conversation sur la littérature italienne, et provoqua sa vivacité naturelle, en affirmant que l’Angleterre possédait un grand nombre de vrais poëtes et de poëtes supérieurs, par l’énergie et la sensibilité, à tous ceux dont l’Italie pouvait se vanter. " (173) |
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A3/ Les propos de personnages intolérants contribuent à souligner la vertu d’un tel cosmopolitisme conversationnel. |
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La description de la harangue menée par un prêtre italien contre Voltaire et Rousseau, véritable auto-parodie de sa propre action de censure : " l’un d’eux s’en prenait à Voltaire, et sur-tout à Rousseau, de l’irréligion du siècle. Il jetait son bonnet au milieu de la chaire, le chargeait de représenter Jean-Jacques, et en cette qualité, il le haranguait, et lui disait : Hé bien, philosophe génevois, qu’avez-vous à objecter à mes arguments ? - Il se taisait alors quelques moments, comme pour attendre la réponse ; et le bonnet ne répondant rien il le remettait sur sa tête, et terminait l’entretien par ces mots : A présent que vous êtes convaincu n’en parlons plus. " (259-260) |
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B/ Traduzione. |
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La rencontre des langues se fait aussi à travers une pratique active de la traduction. Etant donné que la langue et l’esprit d’un peuple sont intrinsèquement liés, atteindre à la compréhension de la lettre d’une langue implique par là-même un enrichissement conceptuel. |
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B1/ La rencontre de la langue étrangère crée un effet contrastif, propre à faire connaître l’esprit de cette langue d’origine, autant qu’à raviver les couleurs de la langue de traduction. |
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" Cesarotti a fait la meilleure et la plus élégante traduction d’Ossian qu’il y ait ; mais il semble, en la lisant, que les mots ont en eux-mêmes un air de fête qui contraste avec les idées sombres qu’ils rappellent." (174) |
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B2/ La diffusion généralisée du français est posée comme un moyen d’atteindre à cet enrichissement. Mais un Italien, le prince Castel-Forte, rappelle au comte d’Erfeuil, et à travers lui aux Français, auxquels est adressé ce livre, qu’eux-mêmes en sont privés. |
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" Les étrangers savent tous le français, ainsi leur point de vue est plus étendu que celui des Français qui ne savent pas les langues étrangères. Pourquoi ne se donnent-ils pas plus souvent la peine de les apprendre ? ils conserveraient ce qui les distingue, et découvriraient ainsi quelquefois ce qui peut leur manquer. " (177) |
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B3/ L’intérêt de cette pratique est souligné par un redoublement de la traduction. |
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La traduction italienne des expressions d’Ossian est donnée en français : " On se laisse charmer par nos douces paroles, de ruisseau limpide, de campagne riante, d’ombrage frais, comme par le murmure des eaux et la variété des couleurs " (174). |
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La traduction italienne de Roméo et Juliette effectuée par Corinne est rendue en français : " Où est mon époux ? où est Roméo ? " ; " Oh ! mes yeux, regardez-la pour la dernière fois ! oh, mes bras, serrez-la pour la dernière fois contre mon cœur " (199-200). |
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Cette mise à distance supplémentaire invite le lecteur français à lire avec plus d’attention le feuilleté sémantique et formel contenu dans ces mots. |
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C/ Emprunts littéraires. |
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Enfin, un rôle semble être assigné à l’écriture littéraire, quant à cette fertilisation de la langue par des apports étrangers. |
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C1/ Shakespeare est à ce propos posé en modèle. Il a réussi la merveille d’assimiler l’esprit de la langue italienne, dans Roméo et Juliette. |
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Le public italien est stupéfié et reconnaît en lui un de ses maîtres : " Ils disaient que c’était là véritablement la tragédie qui convenait aux Italiens, peignait leurs moeurs, et faisait valoir leur belle langue par un style tour à tour éloquent et lyrique, inspiré et naturel. " (200) |
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Au point que " La pièce Roméo et Juliette traduite en italien, semblait rentrer dans sa langue maternelle. " (194) |
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C2/ L’auteur même de Corinne ou l’Italie semble mettre à contribution son plurilinguisme, de manière ostentatoire. |
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CONCLUSION. |
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On peut voir dans cette pratique de l’échange verbal entre langues du Sud et du Nord un écho du groupe de Coppet. |
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Pour preuve que cette réflexion sur le langage, que l’on sent profonde dans Corinne ou l’Italie, a occupé Mme de Staël après l’écriture de ce roman, un court passage de De l’Allemagne : " En étudiant l’esprit et le caractère d’une langue, on apprend l’histoire philosophique des opinions, des mœurs et des habitudes nationales, et les modifications que subit le langage doivent jeter de grandes lumières sur la marche de la pensée. " |
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