C'est à de nombreuses reprises que Giraudoux a souligné la parenté entre La Guerre de Troie n'aura pas lieu et Electre1. Si ces deux pièces forment couple parce qu'elles mettent en scène des épisodes mythologiques complémentaires, c'est aussi parce qu'elles nous donnent à penser les rapports de deux thèmes de prédilection giralduciens : Eros et Polemos.
Il est vrai que le terme de « Polemos », la guerre, apparaît peut-être excessif dans le cadre d'Electre bien que les allusions au contexte politique contemporain soient présentes, comme dans La Guerre de Troie, et que la guerre soit aux portes de la ville, Troie ou Argos. De fait, même s'il convient de donner à « Polemos » l'acception relativement large de « lutte », le conflit qui oppose le couple Electre-Oreste au couple Clytemnestre-Egisthe par sa violence et le double meurtre final n'est pas seulement métaphorique : la reine ne demande-t-elle pas à sa fille : « Electre, cessons notre guerre » (I,9) ? Dans les deux pièces, le véritable conflit se déroule sur scène et revêt la forme d'agones, discussions polémiques dont les armes sont les mots, destinés à vaincre l'adversaire. Or chez Giraudoux, l'adversaire n'est jamais l'ennemi héréditaire mais bien souvent l'être qu'on devrait ou souhaiterait le plus aimer. Ainsi, le couple est le champ privilégié où Polemos affronte Eros. Le « désir amoureux », en effet, occupe une place éminente dans les deux pièces que nous étudions : le chassé-croisé des amours incestueuses, quoiqu'atténuées par rapport à la version primitive de l'acte I, confèrent à Electre une atmosphère lourde de tensions érotiques qui exacerbent les conflits; dans La Guerre de Troie, c'est à cause de l'Eros de Pâris et d'Hélène que la guerre grecque menace le ciel troyen.
Si l'association d'Eros et Polemos n'est pas neuve dans la mythologie et dans la tragédie classique, nous verrons comment Giraudoux renouvelle leurs rapports qui tiennent à la fois de l'antagonisme, de la causalité et de l'oxymore. Toutefois ces liens complexes ont des ramifications car l'amour est un Protée aux multiples visages: la pauvreté du lexique français ne permet pas d'enlever l'équivoque dont joue Giraudoux comme Platon dans Le Banquet lorsqu'il donne à Eros une acception assez large. De fait, la guerre a partie liée avec d'autres formes d'amours, dépourvues ou non de connotation sexuelle, exacerbées ou démasquées par les conflits qu'elles alimentent, en s'opposant à Eros ou en jouant le jeu de la guerre.
Dans les rapports qu'ils entretiennent, Eros et Polemos forment avant tout un couple de contraires. Dans Electre, la haine aveugle de l'héroïne apparaît comme le moteur de la guerre d'usure et de siège que la jeune fille mène contre la reine et son amant pour leur faire avouer leurs forfaits. Les batailles incessantes entre l'héroïne et sa mère sont comparées à cette discussion de femmes que le Mendiant décrit : « Les femmes étaient enragées. Il a fallu les séparer. Quand j'y songe, c'était quand même bien dur aussi, comme discussion... Le sang a coulé » (I, 3).
Face à la haine associée à la vengeance et au meurtre, l'amour triomphe comme valeur positive dans le Lamento du jardinier : « Joie et Amour, oui. Je viens vous dire que c'est préférable à Aigreur et Haine. » Cet éloge qui prend place dans le hors-texte, dans le hors-guerre est repris par la deuxième Euménide : « C'est magnifique l'amour, Oreste ! [...] Nous voulons aimer. Fuis Electre ! » (II, 3). Ainsi la guerre est associée à la répulsion et l'iconographie traditionnelle l'affuble « de cheveux de Méduse, de lèvres de Gorgone » comme le déplore Démokos. La représentation qu'en donne Hécube à l'acte II scène 6 est plus réaliste encore : la guerre ressemble « à un cul de singe », « tout squameux et glacé, ceint d'une perruque immonde ». Inversement, l'Eros, serviteur ou agent d'Aphrodite, est associé à la beauté dont il naît. Comme l'explique Diotime à Socrate dans Le Banquet, l'amour est « le désir du beau » (206 a), qu'il s'agisse des beaux corps ou des belles idées. La guerre au contraire n'est associée par ses ennemis qu'à l'hypocrisie. Si c'est au prix de la guerre que le mot « courage » a été trouvé, « le mot “ lâcheté' », affirme Hécube, a dû être trouvé par la même occasion » (I, 6).
Si la guerre est répulsion, Eros est attraction, « aimantation » d'après Hélène ; cette « passion [...] ancienne et féconde » (II, 8) est productrice de vie quand la guerre qui viole l'ordre naturel n'est qu' « incendie », « émeute » et « massacre » comme le rappelle Egisthe à Electre (II, 8). C'est donc naturellement qu'Hector, au nom des jeunes soldats qu'il vient de ramener de la guerre le matin même, réclame à son père la paix, aux côtés de sa femme et sa mère : « Nous entendons désormais vivre heureux, nous entendons que nos femmes puissent nous aimer sans angoisse et avoir leurs enfants » (I, 6). Tandis que l'Eros et la vie semblent être l'affaire des femmes et des combattants de la paix, le féminin “ guerre' « réclame des hommes », comme l'affirme le capitaine d'Electre, capables de mépriser la vie pour devenir des héros. Si la jeunesse n'aime pas la guerre, c'est parce qu'elle en est « A l'ignorance de la beauté », « Et par conséquent de l'amour » (I,6), suivant Priam et Démokos, platonicien burlesque.
Ainsi, les partisans de la guerre font de cette tragédie, « une entreprise d'amour » pour reprendre les termes du jardinier d'Electre. De fait, en-deçà de l'antagonisme qui les oppose, Eros et Polemos sont inextricablement liés, d'abord dans des rapports de causalité.
Dans La Guerre de Troie, la question centrale de la pièce : « La guerre aura-t-elle lieu ou pas ? » se mue d'emblée en « Hélène partira-t-elle ou pas ? ». Cette alternative est conditionnée par cette autre alternative: « Hélène et Pâris s'aiment-ils ou non? ». Eros apparaît donc clairement comme la cause première du conflit comme dans la légende et l'épopée homérique. Aussi, les anti-bellicistes, Hector et les femmes, n'ont de cesse de vouloir faire avouer à Pâris et à Hélène qu'ils ne s'aiment pas : en effet, « Pourquoi la guerre aurait-elle lieu ? Pâris ne tient plus à Hélène. Hélène ne tient plus à Pâris ! » (I, 1). Le chiasme de la formule d'Andromaque n'est pas gratuit puisque Pâris et Hélène se trouvent pris en tenailles dans des scènes symétriques par Hector qui leur dit respectivement: « Aimes-tu vraiment Hélène, Pâris ? » (I,6) et « Vous n'aimez pas Pâris, Hélène » (I, 7). Si Hector l'emporte facilement sur l'obéissante Hélène et Pâris qui accepte de relever le « défi » de son frère (I, 6), ses autres combats ne lui permettent pas de fléchir ses plus rudes adversaires, les vieillards, vaincus par la beauté d'Hélène, devenue leur « anémomètre ». Ainsi, le fils rusé de Poros, dieu des expédients dans Le Banquet (203 cd) a su se frayer un chemin dans la libido rajeunie des vieillards puisque c'est bien d'eros, de « désir amoureux » qu'il s'agit lorsqu'Hector remarque non sans grivoiserie que : « Les barbes sont blanches et les visages rouges » (I, 4). Si comme chez Homère (Iliade, III, 156-157), ils passent leur journée à épier, enthousiastes mais congestionnés, les allées et venues d'Hélène, c'est dans la pièce giralducienne que leur désir de garder Hélène à tout prix, plus fort encore que celui de Pâris, apparaît d'abord comme la principale cause de la guerre.
Dans Electre, le complexe d'Electre joue un rôle primordial dans le désir de vengeance de la jeune fille aux côtés de l'amour obsessionnel de la vérité et la piété filiale. L'héroïne voue à son père un amour pathologique car incestueux. Egisthe l'a remarqué qui lui reproche de pleurer son père « non comme une fille, mais comme une épouse » (I, 4). Les propos d'Electre elle-même révèlent la dimension érotique de cet amour : quand la jeune fille décrit les retrouvailles avec son père qu'elle a attendu pendant dix ans et qu'elle attend encore comme une Pénélope, c'est en maîtresse qu'elle parle à Clytemnestre, l'épouse légitime : « Je l'ai touché aux mains avec ces doigts, je l'ai touché aux lèvres avec ces lèvres. J'ai touché une peau que toi tu n'as pas touchée, épurée de toi pendant dix ans d'absence. » Si comme l'a montré Jacques Robichez dans Le Théâtre de Jean Giraudoux, le dramaturge a « atténué le caractère incestueux de certains passages »2, notamment entre Electre et son frère, l'atmosphère de la pièce demeure chargée d'érotisme. Si l'héroïne ne dit plus à son frère comme dans la première version : « L'homme que mon coeur, que mon corps attendait, c'était toi, et tu es là. O frère chéri, quel piteux époux étreignent les bras des autres jeunes filles, qui n'est pas leur frère ! [...] »3 , elle continue à lui réclamer des baisers : « O mon mari, puisque ta bouche est libre, embrasse-moi ! » (I, 7). Frustrée par la mort paternelle, elle reporte sur ce frère qu'elle dérobe à sa mère son amour qui est à la « mesure de sa vengeance » : « Et toute cette haine que j'ai en moi, elle te rit, elle t'accueille, elle est mon amour pour toi » (I, 8).
Eros et Polemos sont donc inextricablement liés dans Electre comme en témoigne l'emploi du verbe « Se déclarer » qui signifie à la fois « se déclarer amoureux », « actualiser son essence » et « éclater » pour la guerre. Giraudoux se joue de l'équivoque créée par la polysémie et dans ces propos du mendiant, Electre semble se confondre avec la guerre: « Si donc cet homme se méfie de sa nièce, s'il sait qu'un de ces jours, tout à coup, elle va faire son signal, [...] faire arriver la guerre, et caetera, il n'a pas à hésiter. Il doit la tuer avant qu'elle se déclare... Quand se déclare-t-elle ? » (I,3) De fait, Electre ne passe à l'offensive, à la phase meurtrière de sa guerre, qu'après avoir serré Oreste toute la nuit dans ses bras, conformément à la prophétie du mendiant.
Dans les deux pièces, Eros apparaît donc comme responsable de la guerre. Outre des liens de causalité, il y a entre entre Eros et Polemos des rapports oxymoriques dont le premier est l'amour des hommes pour la guerre.
Dans La Guerre de Troie, la guerre est érotisée, assimilée à une femme qui est la rivale des autres femmes. Andromaque l'accuse de lui avoir déjà pris « un père, un frère » (I,3) et le spectateur entrevoit déjà la veuve éplorée. Démokos présente la guerre comme une maîtresse difficile: « Je la connais la guerre. [...] dès qu'elle est présente, son orgueil est à vif, on ne gagne sa faveur, on ne la gagne que si on la complimente et la caresse». Ainsi les vieillards adulent Hélène qui incarne la guerre - toutes deux sortent par les « portes Scées » (I, 4) - et le poète troyen donne le visage de la belle Grecque (II, 4) à Polemos.
L' attrait de la guerre est tel que les hommes, même « unijambistes » ou « aveugles », iraient au combat (I, 3). Hector lui-même a aimé la guerre qui le séduit encore : l'embarras des réponses qu'il fait à sa femme rappelle celui de Giraudoux dans la célèbre épigraphe d'Adorable Clio : « Pardonne-moi, ô guerre, de t'avoir, - toutes les fois où je l'ai pu - caressée... ». La lucide Andromaque voit clair : « Tu ne crois pas si bien dire... On l'aime » (I, 3). Cet amour paradoxal de la guerre est également celui d'Electre qui apparaît d'emblée comme « une femme à histoires ». C'est avec la querelle du poussé ou pas poussé qu'il prend un aspect compulsif qui excède Egisthe : « N'avez-vous pas eu le temps, depuis vingt ans, de liquider ce débat entre vous ? ». La réponse d'Electre prend la forme d'une déclaration de guerre: « Depuis vingt ans, je cherchais l'occasion. Je l'ai » (II, 8).
L'Eros de la guerre a pour corollaire l'amour de l'ennemi. La cristallisation opère à tel point sur Egisthe hypnotisé par la « tête de statue » d'Electre que Clytemnestre doit le rappeler à l'ordre : « Vous parlez à votre pire ennemie, Egisthe ! » (II, 7). Dans la Guerre de Troie, C. Mauron4 décèle sous la « ruse contre le destin » proposée par Ulysse à Hector dans le « duo avant l'orchestre » (II, 13) une pulsion non pas amicale mais amoureuse. Quant à Hector qui a l'âme gréco-troyenne de même que Siegfried a l'âme franco-allemande, c'est avec la même tendresse qu'il évoque cette oxymorique « fraternité d'ennemis »: « On a de l'amour pour lui. On aime sa verrue sur sa joue, sa taie dans son oeil. On l'aime... » (I, 3). Si bien que comme dans les Gracques, la guerre devient guerre civile.
Malgré cet amour de l'ennemi, « on le tue ». Aussi Andromaque demande-t-elle, non sans raisons personnelles, à son mari : « Comment arrive-t-on à ne plus aimer ce que l'on adorait ? » (I, 2). Lorsque l'ennemi cesse d'être le contraire de soi, répond Hector et que le guerrier s' « agenouille sur un miroir » (I, 3). Cette dialectique altérité/identité est également à l'oeuvre dans le couple lorsque l'Eros se polémise.
Dans le théâtre giralducien, il n'y a d'amour que belliqueux même dans les couples aussi harmonieux que celui d'Andromaque et d'Hector ; la Pénélope troyenne ne dit-elle pas à Hélène : « On ne s'entend pas dans l'amour. La vie de deux époux qui s'aiment, c'est une perte de sang-froid perpétuelle. [...] Les époux amoureux n'ont pas le visage clair », (II, 8) ? Ce rapport polémique est ravivé par les effets dévastateurs du temps et de l'habitude dans le couple ; à la question étonnée d'Hélène « Pourquoi le haïrais-je ? », c'est-à-dire Ménélas, Hector répond : « Pour la seule raison qui fasse vraiment haïr. Vous l'avez trop vu » (I, 8). Alors que les hommes continuent à « mimer » la concorde conjugale comme Jean et Jacques dans Sodome et Gomorrhe, le temps décille les épouses comme Hécube: « A mesure que nous vieillissons nous les femmes, nous voyons ce qu'ont été les hommes, des hypocrites, des vantards, des boucs » (I, 6). Ainsi, le temps agit comme une pierre ponce sur le Président parce qu'Agathe l'a trop frotté contre elle : il n'en reste plus que les « orteils » et « la petite queue de son linge » (II, 6). L'exemple d'Andromaque, Hécube ou Alcmène qui discutent et disputent avec leurs époux montre que la lutte s'avère salutaire dans le maintien de l'amour. Inversement, la rancoeur d'Agathe, qui ne peut ni « dire la même chose » que son mari, ni le « contredire » (I, 2) devient paroxysmique et la guerre trop longtemps larvée ne peut qu'éclater: « la vérité serait que je l'empoisonne » grogne Agathe « que je frotte son col de poix et de cendre » (II, 6).
Lorsque la polémisation de l'amour atteint ce degré extrême, il ne s'agit plus d'Eros. Ni Andromaque, ni Alcmène dans Amphitryon ne voudraient triompher de leur mari à ce prix.
C'est donc l'amour conjugal qui apparaît conflictuel quand l'amour a fait place à la haine. Il en va tout autrement dans les couples guidés par le « désir amoureux » : « Je vis avec lui dans la bonne humeur, dans l'agrément, dans l'accord », affirme Hélène au sujet de Pâris. « Le malentendu de l'entente, je ne vois pas très bien ce que cela peut être » (II, 8). Le conflit n'éclate jamais puisque la « rupture » est permanente entre le berger troyen et la reine grecque: cette dernière se montre toujours distante avec Pâris: « Même au milieu de mes bras, Hélène est loin de moi » (I, 4). La souffrance n'est pas le lot de cet amour qui ne tire pas sur la rate d'Hélène lorsque Pâris va à la pêche au congre (II, 8) et qui rend Agathe, sortie de son « enfer » conjugal, « toute rose » comme le note le Mendiant (II, 7).
Finalement, si Eros et Polemos sont bien enchevêtrés dans des liens de causalité et d'oxymore, c'est l'antagonisme qui semble l'emporter entre ces deux forces. L'Eros tendrait vers la paix : n'est-ce pas au moment où il découvre son amour pour Electre qu'Egisthe veut abolir le conflit qui l'oppose à elle: « Arrête, Electre ! Ainsi donc, au moment même où je te vois, où je t'aime, où je suis tout ce qui peut s'entendre avec toi, [...] tu persistes à engager la lutte ? » (II, 8). De même dans La Guerre de Troie, c'est parce qu'il n'est question que de désir amoureux entre Pâris et Hélène dont « Le corps seul a été souillé » (I, 4) que la belle Grecque pourrait être rendue intacte, ou presque, à la Grèce et à Ménélas. L'Eros ne serait donc pas la source véritable de Polemos.
Si les portes de la guerre demeurent ouvertes dans les deux pièces, c'est parce que la guerre a partie liée avec d'autres formes d'amour mis à jour par le conflit qu'ils alimentent, en s'opposant à Eros ou en jouant le jeu de la guerre. L'amour prend la figure de l'amour conjugal, filial ou de l'amour propre quand il ne sert pas de masque ou ne se sert pas de masque.
Dans les deux pièces, a lieu un conflit de valeurs entre l'Eros, le désir amoureux et le véritable amour. Chacun semble faire comme Lucile dans Pour Lucrèce : « J'appelle l'amour ce qui n'a pas d'autre nom » (I, 2). Hector et les femmes sont persuadés que Pâris et Hélène ne s'aiment pas vraiment, bien que l'un et l'autre disent « s'adorer ». Le prince troyen « préfère à toutes les passions, cette façon dont Hélène ne [l]'aime pas » (I, 4) tandis que la reine grecque soutient : « L'aimantation, c'est aussi un amour, autant que la promiscuité.» (II, 8) Si l'attraction décrite par Hélène ressemble à l'Eros dont la composante majeure est le désir, il s'agit d'un Eros travesti dont ne subsiste que le désir des sens. Par conséquent, cet amour physique est discrédité par les autres personnages, et les femmes à amants qui lui sont associées sont vivement vilipendées : Hélène est traitée de « garce » par les Troyennes et, diplomatie oblige, de « pute » par Oiax (II, 9). De même, Clytemnestre, est taxée de « reine qui se prostitue » par Oreste qui vient d'apprendre que sa mère a un amant. Si Electre éprouve de la répulsion pour l'amour charnel, c'est parce qu'il s'incarne en Clytemnestre, « celle qui est célèbre par ses désirs amoureux », conformément à l'étymologie. Quoiqu'elle soit, comme la Judith d'Holopherne, rongée par les désirs, Electre brandit sa chasteté comme un étendard : « Et je n'ai pas d'amant » (II, 5). Elle persiste à utiliser le terme d'« amant » à connotation sexuelle pour avilir sa mère qui refuse d'être considérée comme une femme à aventures: « Ecoute ! Je n'ai pas d'amant. J'aime » (II, 5). La réplique d'Electre : « Mais tu n'aimes pas. Tu n'as jamais aimé » rappelle celle d'Andromaque à Hélène au sujet de Pâris : « Vous ne l'aimez pas ! » (II, 8). Quand la Troyenne évoque les « époux amoureux » qui s'aiment vraiment, c'est la « philia erotiké » qu'elle décrit qui est un mélange d'Eros et de Philia, amitié ou amour d'un proche : de même que dans l'Iliade, Hector lui a servi « de père, de mère et d'époux », le jardinier sait qu'il est le seul homme qui aurait pu servir de mère à Electre. Aussi, seules les épouses amoureuses sont aussi des mères prêtes au sacrifice et à l'abnégation; seul le véritable amour qui a dans son cortège la générosité et l'intelligence pourrait justifier la guerre. Ainsi, comme l'affirme Andromaque, l'horreur n'est pas la guerre mais « souffrir, mourir pour [...] deux êtres qui ne s'aimaient pas» (II, 8).
De même que l'Eros, l'indifférence et la haine peuvent prendre le masque du véritable amour.
Plus l'amour vient à manquer, plus les portes de la guerre s'ouvrent. L'indifférence et la « froideur » caractérisent l'insensible et impitoyable Hélène, « née de l'écume » (I, 4). Etrangère à son propre plaisir et à ses propres pensées, elle ne hait pas plus Ménélas qu'elle n'aime Pâris. Comme Agathe ou Paola dans Pour Lucrèce, elle ne s'intéresse qu'à son amant du jour : la scène vaudevillesque dans laquelle Hélène poursuit son amoureux transi, Troïlus, et qui pourrait s'intituler « Embrasse-moi » rappelle la scène dans laquelle Agathe dupe son amant trop crédule. Ainsi, lorsqu'Hector affirme : « Vous n'aimez pas Pâris, Hélène. Vous aimez les hommes ! », l'euphémisme dans la réplique d'Hélène « Je ne les déteste pas » montre que le verbe « aimer » est impropre. Aimer tous les hommes est le contraire d'aimer de même qu'« adorer ». L'indifférence qu'Electre considère comme « l'armure du bonheur » (II, 4) permet de ne pas voir l'absence d'amour « dans le jeu de l'adversaire » pour gagner en souffrance. Pâris qui est le double masculin d'Hélène pourrait lui aussi fréquenter « l'école des indifférents » : il aime en creux, de manière négative, comme le montre le retournement parodique de l'alexandrin lamartinien: « Un seul être vous manque et tout est repeuplé... ». (II, 8) Hélène et Pâris apparaissent donc comme deux étrangers, confirmant les propos d'Andromaque : « La dot des vrais couples est la même que celle des couples faux : le désaccord originel. » (II, 8)
Ce désaccord se mue en véritable guerre lorsque la haine a trop longtemps revêtu le masque de l'amour le plus tendre, comme sur le visage de Clytemnestre et de son double bourgeois. La lutte menée par Electre au mensonge donne à Agathe le courage de mettre à nu ses ressentiments: « Voilà ton ouvrage, Electre », peste le président, « Ce matin encore, elle m'embrassait ! ». En passant dans le « camp » d'Electre, Agathe se délivre de la tyrannie conjugale: « Les souliers encore, je comprends. Je crachais sur eux. Je crachais sur toi. Mais c'est fini, c'est fini... » (II,6) Si la guerre « délivre » comme le dit Hector « des êtres les plus chers », elle délivre aussi de la haine. C'est avec volupté que Clytemnestre avoue enfin n'avoir jamais aimé Agamemnon dont elle donne une représentation métonymique: « Du jour où il est venu m'arracher à ma maison, avec sa barbe bouclée, de cette main dont il relevait toujours le petit doigt, je l'ai haï » (II, 8). En évoquant ses nuits de « faux amour » avec le « roi des rois », elle fournit la « clef de tout » à sa fille révulsée: « Tu haïssais mon père ! Ah ! que tout devient clair » (II, 8). Ainsi, c'est le manque d'amour et le mensonge plus que l'adultère et le meurtre qu'Electre justicière poursuit. Il n'en va pas autrement dans La Guerre de Troie où Andromaque donne comme cause profonde à la guerre le manque d'amour d'Hélène et Pâris.
De même qu'il y a imposture de la haine à prendre le visage de l' Eros, l'amour prend à son tour le masque de la haine. Comme le dit Michel Raimond, « La vérité tragique d'Electre c'est qu'elle hait sa mère d'une haine qui vient de plus loin qu'elle. Mais, plus profond que cette haine, il y a l'amour, la possibilité de l'amour, le besoin d'une mère »5. Clytemnestre, aussi froide que sa soeur Hélène, n'a jamais été qu'indifférence envers sa fille : « Nous avons été des indifférentes dès ta première minute. Tu ne m'as même pas fait souffrir à ta naissance. » (II, 5) Si Oreste se trouve une mère en Electre qui le « lave » de Clytemnestre (I, 8), l'élue giralducienne demeure orpheline de cette mère qui lui a injustement « volé » l'amour maternel et qu'elle aime malgré elle : « Notre mère que j'aime parce qu'elle est si belle, dont j'ai pitié à cause de l'âge qui vient, dont j'admire la voix, le regard... Notre mère que je hais » (I, 8). La haine qui rend Electre clairvoyante dans son enquête l'aveugle pourtant : elle ne perçoit pas que si Clytemnestre aime quelqu'un, c'est elle, parce que toutes deux sont femmes. Mais cette possibilité d'amour est oblitérée par l'amour propre de la trop narcissique Clytemnestre.
Ainsi, la guerre l'emporte sur l'amour parce que l'amour propre est plus fort que l'Eros et la Philia, profondément ancré, même chez le plus pacifiste des hommes. Le jardinier d'Electre ne peut supporter que Clytemnestre médise sur son jardin : « La reine me provoque. Je réponds. Il est ma dot, il est mon honneur, mon jardin ! » (I, 4). Comme le rappelle le Géomètre qui propose un « combat d'épithètes » propre à donner le goût de la guerre comme à la déclencher : « [Les Grecs] savent que le corps est plus vulnérable quand l'amour propre est à vif. Des guerriers connus pour leur sang-froid le perdent illico quand on les traite de verrues ou de corps thyroïdes. » (II, 4). Dans cet amour propre entre également le goût de la « gloire » à côté de laquelle l'Eros fait aussi pâle figure que la jolie Paix. Ainsi, en est-il dans la réplique d'Andromaque au sujet de Pâris où les modalisateurs introduisent une distance critique: « Sa gloire, comme vous dites, l'oblige à ne pas céder. Son amour aussi, comme il dit, peut-être » (I, 3). Comme chez La Rochefoucauld, « Il entre plus d'amour propre dans la jalousie que d'amour ». Si Pâris se montre un peu énervé, comme l'indique la didascalie, lorsqu'Hélène crie « bien fort » après Troïlus, c'est parce qu'il devine que le jeune troyen va lui ravir la vedette.
C'est cet amour propre plus puissant que les autres formes d'amour qui amène les hommes à se trouver beaux alors même qu'ils sont « bancals » ou « pustuleux » comme dans L'Apollon de Bellac et par conséquent à trouver beau le laid, à donner à la guerre le visage d'Hélène : tous savent que Pâris et Hélène ne s'aiment pas « Mais aucun n'avouera qu'il ne le croit pas. [...] Tous mentent », affirme Andromaque. « Nos vieillards n'adorent pas la beauté, ils s'adorent eux-mêmes, ils adorent la laideur. Et l'indignation des Grecs est un mensonge.» (II, 8) La mauvaise foi des ambassadeurs grecs lui donnera raison.
L'amour propre, amour du laid serait donc un anti-Eros. Néanmoins, il comporte une dimension d'auto-érotisation narcissique évoquée dans cette description spéculaire de Clytemnestre où sujet et objet se confondent : « Elle se déshabille. Devant son miroir, contemplant longuement Clytemnestre, notre mère se déshabille » (I, 8). Ce narcissisme est mortifère parce qu'il anéantit chez Clytemnestre l'amour maternel mais aussi tout sentiment amoureux pour Egisthe qui déclare laconiquement: « La ville entière doute que vous m'ayez jamais aimé » (II, 7).
Ainsi,
la complexité des relations entre Eros et Polemos se double
des liens que ces deux figures entretiennent avec les autres visages de l'amour.
Dans sa recherche du casus belli, le spectateur « prend la piste
» du manque d'amour et de l'amour propre. Néanmoins, l'amour de
soi ne saurait déclencher les conflits à lui seul s'il n'atteignait
un terme extrême à partir duquel il se mue en hubris ;
ainsi, c'est la démesure dont participent l'orgueil et la violence
qui apparaît au terme de notre enquête comme la principale cause
de la guerre et le principal adversaire de l'amour dont il se sert.
Dans Electre, l'hubris de l'héroïne apparaît clairement comme la cause de la guerre et des malheurs d'Argos dans l'imprécation finale des Euménides : « Voilà où t'a mené l'orgueil, Electre ! Tu n'es plus rien ! Tu n'as plus rien ! » (II, 10); cet orgueil apparaît d'autant plus démesuré que la jeune fille refuse de l'admettre agrippée à sa victoire, véritable peau de chagrin : « J'ai la justice. J'ai tout » (II, 10). Si la vérité est du côté de cette nouvelle « élue » giralducienne, son aspect passionné inquiète autant que son acharnement : l'héroïne en effet a gagné la guerre quand sa mère avoue son manque d'amour et son mensonge. Si elle ne s'arrête pas là, c'est parce qu'elle est la démonstration parfaite de la pureté déchaînée car « la jeune fille est la ménagère de la vérité. Elle doit y aller jusqu'à ce que le monde pète et craque dans les fondements des fondements et les générations des générations, dussent mille innocents mourir la mort des innocents pour laisser le coupable arriver à sa vie de coupable » (I, 13). Comme chez Euripide, Electre incarne la Diké, cette justice impitoyable - Giraudoux dira « intégrale »- caractérisée par son outrance antinaturelle. Electre « aux yeux et aux gestes de phosphore » selon l'expression d'Egisthe (I, 3) manque de « courtoisie » envers la création comme l'ange déchu. On retrouve la conception antique de la Némésis : les dieux et le destin n'aiment pas que l'on empiète sur leur domaine. De même, dans La Guerre de Troie, les Troyens, comme l'explique Ulysse à Hector, se sont mis en situation fausse par rapport au destin en enlevant son « otage », Hélène. Néanmoins, s'ils se montrent prêts à faire la guerre pour garder Hélène, c'est parce qu'ils se prennent pour des « dieux » au moment du combat (I, 4), avides d'immortalité et d'honneur. Cette passion des hommes exacerbée par l'amour excessif des mots - la Poésie est la soeur de la Guerre - fait de Polemos, selon la formule d'Alain dans Mars ou la guerre jugée, « un crime passionnel ». Hector, champion de la paix et de la raison, combat sur deux fronts le chauvinisme démesuré de ses concitoyens et l'avidité des Grecs qui désirent s'annexer les richesses des Troyens qui leur ont fait « signe » (II, 13). En fait, une Némésis humaine est à l'oeuvre entre les deux peuples. Les inquiétantes allusions d'Ulysse à Andromaque, le désir brutal d'Oiax montrent que la possession d'une femme et d'une terre sont affaire de puissance ou d'impuissance masculine. Aussi, l'Eros apparaît comme la cause de la guerre, parce que l'hubris se sert de l'amour comme prétexte.
Tous les bellicistes aussi bien grecs que troyens se servent de l'Eros comme alibi pour faire la guerre ; Giraudoux lui-même qui donne la parole au poète grec à la fin de sa pièce s'en sert de pré-texte. La disproportion entre l'« aventure » de Pâris et la guerre qu'elle engendre ne peut que s'expliquer par la démesure, également partagée par les dieux. Aussi narcissiques que les hommes, ils sont aussi belliqueux : en témoigne la querelle entre Aphrodite et Athéna dont l'arbitre est un Zeus aux décrets pour le moins fantaisistes : comment séparer la reine grecque et le berger troyen tout en ne les séparant pas (II, 12)? Le destin lui-même semble avoir « fait enlever Hélène pour avoir à la guerre un prétexte honorable » (II, 13). Comme les séducteurs Pâris et Marcellus, dans Pour Lucrèce, il jette brutalement son dévolu sur ceux qui l'attirent, sur Electre, Hélène ou Agathe car « la beauté aussi fait signe» (I, 3). Le destin se montre aussi possessif et orgueilleux que le Ménélas giralducien, mari fantoche, et que le mari d'Agathe, uniquement blessé dans son honneur de président : « Il s'agit de mon honneur, de l'honneur des juges grecs » (II, 7) ; à travers « l'outrage », il cherche à faire montre de « majesté » devant Egisthe ; les hommes aiment « faire la roue l'un devant l'autre » dans les duels comme le dit Paola d'Armand et de Marcellus (II, 4) dans Pour Lucrèce. Et comme le dit Lia dans Sodome et Gomorrhe: « [...] les hommes ont inventé la guerre pour être sans nous et entre hommes » (II, 7).
Les femmes orgueilleuses se servent également de l'amour à travers les hommes. Hélène et Agathe se purifient au contact de leurs amants qui sont comme « de grands savons » (I, 8) et Clytemnestre essaie de recouvrer son orgueil de mère en « frottant » ses enfants contre elle (I, 4). Quant à Electre, elle se sert de l'Eros et de la Philia pour armer la main de son frère. Clytemnestre n'avait pas agi autrement en armant le bras de son amant. L'histoire et le complexe d'Electre se répètent : quand Egisthe lui déclare son amour, l'héroïne cherche à l'utiliser contre sa mère en lui ordonnant: « Tuez-la, Egisthe. Et je vous pardonne » (II, 9). Ainsi, c'est l'amant de Clytemnestre, après Oreste et Agamemnon, qui devient l'enjeu du long combat sans trêve de l'acte II scène 8 où les alliances se modifient. C'est ce que révèlent les propos de Clytemnestre au couple Egisthe-Electre dans la première version de la pièce : « Quel est ce duo que vous poursuivez tous deux au-dessus de moi et d'Argos. Vous vous aimez ? Elle vous aime ? »6. L'héroïne qui ne fait jamais dans la demi-mesure et refuse de « partager l'amour » avec sa mère (II, 6) se montre aussi possessive et orgueilleuse que les hommes et les dieux.
En faisant de l'amour un prétexte et un moyen, la démesure entraîne sa destruction et par suite la guerre et la rupture du couple.
Dans tous les couples, pays belligérants, mari-femme ou mère-fille, la guerre éclate quand chacun prend la conscience exacerbée de soi-même. Comme Lia, Agathe se révolte quand elle prend « conscience de son sexe ». Dès qu'elle constate sa supériorité sur son mari: « Je suis jolie et il est laid. Je suis jeune et il est vieux » (II, 6), elle n'accepte plus d'être sa propriété. « Une femme est à tout le monde » (II, 9) clame Clytemnestre qui demande le « droit d'aimer ». Le « ventre » revendique les mêmes droits que la « souche » commente le Mendiant ; la prise de possession du pouvoir par la reine après le départ d'Agamemnon est d'ailleurs très symbolique : « je me suis glissée vers minuit, dans la salle du trône, toute seule, pour prendre le sceptre à pleines mains ! ». Clytemnestre, Agathe et Hélène font partie de cette « maffia » des femmes qui s'aiment elles-mêmes dans leurs amants et leurs maris. Quoi qu'en dise Electre qui se veut « forte, loyale et noble » (II, 5), la « confrérie » des femmes existe bel et bien qui tâche de rémunérer les défauts des hommes ; si Oreste se montre « faible » en rêvant à une idylle chez les Atrides, Electre le manipule, elle qui est aussi masculine que sa mère quoiqu'elle refuse cette ressemblance. Si le tragique de l'Electre giralducienne s'est intériorisé, c'est parce que l'héroïne rejette son amour pour sa mère afin de ne pas compromettre sa lutte en lui donnant des « armes ». L'exemple d'Egisthe montre en effet que l'aveu de ses sentiments à l'ennemi est une reddition.
Si l'hubris entraîne le manque d'amour, inversement, l'excès d'amour quand il est régi par l'orgueil produit le même effet désastreux que l'indifférence: Lia, après l'héroïne éponyme Ondine, tue l'amour en exigeant l'impossible d'un coeur masculin comme l'affirme Jean : « [ton amour] est devenu mille fois plus exigeant et plus fort [...] » (I, 3).
Andromaque prône un amour absolu mais il reste humain car elle n'idéalise pas Hector qu'elle aimerait « lâche ou libertin » contrairement à Lia qui a cru trouver en son mari « cet homme dont on nous parle à notre berceau » ; or, « cet homme n'existe pas. » (II, 8). Seul un amour à taille humaine est à même de transformer en communion le désaccord originel qui triomphe dans Sodome et Gomorrhe.
Ainsi, Eros et Polemos apparaissent toujours inextricablement liés dans des rapports de complémentarité et d'opposition, conformément au goût de Giraudoux pour le paradoxe et l'antithèse qu'a souligné Jacques Body7. Néanmoins, leurs relations ne peuvent être appréhendées indépendamment des relations qui les lient aux autres natures d'amour et à l'hubris, forme extrême de l'amour de soi. Le théâtre giralducien qui fait l'apologie de l'amour véritable, synonyme de vie, condamne la démesure des hommes dans la lignée de la tragédie antique et classique. Comme Racine et Euripide, il fait preuve d'« imitation créatrice » en réécrivant les mythes qu'il investit de mythes personnels que l'on trouve déjà dans ses romans. Ainsi la rupture est-elle un thème giralducien obsédant. Si c'est la guerre qui a amené Giraudoux au théâtre avec Siegfried, il ne cessera d'y réfléchir conjointement au problème du couple. Dans La Guerre de Troie et Electre, la tragédie du couple précède et entraîne la tragédie de la guerre. Ainsi, la désunion d'Hélène et Pâris engendre la guerre qui à son tour va imposer la séparation d'Andromaque et d'Hector. Dans Electre, suite au divorce d'Agamemnon et Clytemnestre, la rupture entre l'héroïne et sa mère entraîne le conflit qui provoque la dissolution des couples d'Agathe et de Clytemnestre ainsi que la perte irrémédiable d'Argos contre les Corinthiens. Ainsi, La Guerre de Troie préfigure les pièces ultérieures où la faille de la vie privée se mue en abîme comme dans Sodome et Gomorrhe où « nous voyons le feu du ciel anéantir le genre humain parce que celui-ci est décidément incapable de produire un seul couple uni ».
Voir
la bibliographie
NOTES
1 Articles de L'Intransigeant, 30 avril 1937 et de L'Insurgé, 12 mai 1937.
2 Jacques Robichez, Le Théâtre de Giraudoux, SEDES, 1971, p.108
3 Jean Giraudoux, Théâtre complet, édition publiée sous la direction de Jacques Body, Gallimard, 1982, p.1567.
4 C. Mauron, Le théâtre de Giraudoux, Corti, p. 110.
5 Michel Raimond, Sur trois pièces de Giraudoux, chapitre VII, « Giraudoux, Electre et le tragique », p.105.
6 Ibid., p.1586.
7 Jacques Body, Giraudoux et l'Allemagne, p.7.