Journées d'Agrégation en Ligne 2002-2003
"Littérature générale et comparée : Héroïsme et marginalité"
Programme
de la journée d'agrégation (Paris 7, le 22 novembre 2002, sous
la direction de Françoise Lavocat, avec la collaboration du CLAM)
- 9 h : Ouverture : Françoise Lavocat (Université Paris 7)
- 9 h 15 : Frédérique Toudoire-Surlapierre (Université
de Besançon): « De quelques travers scénographiques du héros
marginal ».
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- 9 h 45 : Stephane Desvignes (Université de Picardie Jules Vernes)
: «Héroïsme en morceaux dans Hernani ».
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- 10 h 30 : Georges Zaragoza (Université de Dijon): « Don Alvaro,
la figure de l'indiano ».
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- 11 h : Evanghelia Stead (Université de Reims) : « Le fonctionnement
paradoxal du modèle héroïque: Hector et Andromaque dans Les
Brigands ».
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- 14 h 00 : Jean-Yves Masson (Université Paris X-Nanterre): «
Le génie et la nature dans les Brigands de Schiller ».
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- 14 h 30 : Sylvie Puech (Université de Nice): « Héroïsme,
mélancolie et marginalité ».
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La journée aura lieu à Paris 7, en salle de visioconférence (En arrivant place Jussieu, où se trouve le métro jussieu, il faut longer les grilles à droite, rue Jussieu, assez loin, jusqu'au bout du campus, où se trouve une entrée appelée "Esclangon": la tour 66 se trouve juste en face. On descend un étage, on cherche le couloir marqué 65-66 (il y aura une affiche sur la porte), puis la salle 004).
Résumés des communications
- 9h15 : Frédérique Toudoire-Surlapierre (Université de Besançon): " De quelques travers scénographiques du héros marginal ".
L'expression "travers scénographiques" fait référence au fait qu'une des caractéristiques héroïques vient du fait que le héros est né "de travers" (Otto Rank) ; cela permet aussi de faire référence à la dimension scénographique du sujet, permettant d'aborder des questions de représentation. Or les différents éléments scéniques (porte, balcon, armoire, portrait...) sont autant d'expressions des marges (Victor I. Stoichita). Il me semble intéressant de voir en quoi l'utilisation que nos auteurs font de ces "objets" est révélatrice du positionnement sur scène (et dans l'espace) du héros marginal, en quoi elle éclaire les problèmes de représentation qu'ils se posent (notamment cette esthétique de la monstruosité) ainsi que les tentatives de renouvellement qu'ils opèrent.
- 9h45 : Stephane Desvignes (Université de Picardie Jules Vernes) : " Héroïsme en morceaux dans Hernani ".
Parler d'héroïsme à propos d'Hernani semble aller de soi. Dès les premières représentations, ce terme est souvent employé par la critique pour caractériser aussi bien le contenu d'une pièce où bravoure, honneur, fidélité au serment, vengeance, grandeur morale jouent un rôle crucial, que la bataille livrée par Hugo au Théâtre Français. Pourtant la notion d'héroïsme se trouvait résolument assimilée par Hugo dans la Préface de Cromwell à « l'âge de l'épopée » - âge révolu, auquel le drame, moderne, doit désormais substituer le mélange entre grotesque et sublime. Dans Hernani, le terme « héros » n'apparaît ainsi qu'une fois, dans la bouche de don Ruy Gomez, lorsqu'il désigne ses ancêtres défunts. C'est dire que l'héroïsme pourrait bien se trouver convoqué dans ce drame pour être d'autant mieux destitué. On se propose ici d'élucider cette difficulté en précisant les notions effectivement présentes dans le drame, ainsi que l'effet qu'il entend produire par leur rencontre. Pour ce faire, il apparaît nécessaire d'étudier la collectivité, qui reconnaît le héros comme tel, et par là même le constitue, en fonction d'un ensemble de valeurs qu'il se trouve chargé d'incarner avec éclat. Ces collectivités, multiples dans leur composition, dissymétriques dans leur répartition entre personnages, et inégalement présentes sur scène, dessinent un système, qui oppose d'un côté une vision de l'héroïsme, considérée comme féodale, archaïque et mortifère et de l'autre une figure du grand homme, moderne et libératrice le personnage principal se trouvant isolé dans une position intermédiaire, incarnation vivante des temps contradictoires où il évolue. Cette hiérarchie se trouve pourtant elle-même relativisée dans sa portée et remise en cause dans son efficacité par la dualité grotesque à divers titres des trois principaux personnages masculins, et surtout par la présence décisive de dona Sol. Seul personnage à rassembler l'admiration de tous les autres, elle fait voler en éclats l'ordre des valeurs, inverse les rapports entre collectif et intime, entre amour et honneur, et signale les insuffisances de la figure du grand homme. C'est aux spectateurs de ramasser ces morceaux éparpillés de la grandeur et du courage pour en déduire la nécessité de la liberté individuelle laquelle permet, au théâtre, la coexistence de ces voix, registres et formes multiples hors des normes de la convenance, et, en politique, la primauté de la conscience individuelle face aux différentes formes d'embrigadement. De là l'espoir de voir naître au théâtre un public unifié, et en politique le peuple. C'est dire que le texte d'Hernani programme sa « bataille » et la dépasse d'un même geste. Héros et héraut des romantiques au théâtre, Hugo fait de son drame considéré dans son entier la forme véritable du courage moderne c'est-à-dire d'un abandon du héros.
- 10h30 : Georges Zaragoza (Université de Dijon): " Don Alvaro, la figure de l'indiano ".
Etre un Indiano pour le personnage de Rivas constitue en soi une motif de marginalisation, d'exclusion. Mais l'Indiano est une figure topique du théâtre espagnol du siècle précédent (18e siècle). Se référer à ce type de théâtre et au rôle que l'on fait jouer à ce type de personnage permet d'éclairer don Alvaro d'un jour nouveau, à la fois sur le plan esthétique et anthropologique.
- 11h : Evanghelia Stead (Université de Reims) : "Le fonctionnement paradoxal du modèle héroïque: Hector et Andromaque dans Les Brigands".
La célèbre scène des adieux entre Hector et Andromaque (Iliade, VI) est convoquée à deux endroits précis du drame de Schiller par le biais d'une même chanson : chantée par Amalia au chant II, elle prépare l'annonce de la mort fictive de Karl ; chantée en alternance par Karl et Amalia à l'Acte IV, elle sert de point culminant à une scène qui frise la reconnaissance sans s'y résoudre. L'intervention étudiera a) les modifications apportées par Schiller au modèle homérique et leur sens b) les effets de divergence induits de la réactivation de cette scène dans
l'Acte II et non plus dans le contexte épique, enfin c) son rôle dans l'Acte IV. La conclusion insiste sur les valeurs symbolique, dramaturgique et lyrique de passages comme celui-ci que la première représentation de la pièce à Mannheim avait écartés du canevas dramatique.
- 14h00 : Jean-Yves Masson (Université Paris X-Nanterre): " Le génie et la nature dans les Brigands de Schiller ".
non communiqué
- 14h30 : Sylvie Puech (Université de Nice): " Héroïsme, mélancolie et marginalité ".
La mélancolie est évoquée explicitement dans Les Brigands, avec notamment l'accès qui saisit Karl dans la scène 2 de l'acte III, et dans Don Alvaro puisque c'est un attribut du protagoniste lors de sa première entrée en scène (I, 3). Si le mot n'apparaît pas dans Hernani, le personnage éponyme possède bien des caractéristiques que la clinique ancienne et moderne juge symptomatiques de la mélancolie. En outre, celle-ci est présentée par Victor Hugo, dans la préface de Cromwell, comme un apport spécifique du christianisme à la culture occidentale. À partir de ce constat, il s'agira de se demander en quoi la mélancolie, envisagée comme une catégorie médicale et esthétique depuis l'Antiquité, peut constituer un trait constitutif du héros romantique, nécessairement lié à la marginalité dans la mesure où le mélancolique se définit, depuis le pseudo-Hippocrate, comme celui qui vit à l'écart de la cité. La référence récurrente de Schiller à l'anecdote de Démocrite et des Abdéritains, la rencontre entre la figure de Karl Moor et le portrait que Kant fait du mélancolique dans ses Observations sur le sentiment du beau et du sublime (1764), le rapport de filiation entre don Alvaro et le Sigismond de La vie est un songe, caractérisé chez Calderon aussi par sa mélancolie, invite à s'interroger plus avant sur cette composante susceptible de définir un héroïsme de la marginalité et de l'ancrer dans une tradition philosophique et littéraire, sans occulter la spécificité synchronique de ce " mal du siècle ".
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