boule-dogue

Ducasse (ou ses typographes) orthographient le mot tantôt boule-dogue, tantôt bouledogue.

La race est issue d'un croisement, opéré au XIXe siècle, de chiens bouviers anglais et de chiens ratiers. Le résultat fut un chien assez puissant pour combattre un taureau (d'où son nom) et assez féroce pour être engagé dans des combats, qui furent rapidement interdits.

Il est, chez Lautréamont, un des symboles de la cruauté (comme le requin) et un compagnon de Maldoror. Il intervient surtout dans la scène du viol de la fillette (III, 2), où le chien en remontre en sadisme à son maître :

« Maldoror passait avec son bouledogue ; il voit une jeune fille qui dort à l'ombre d'un platane, et il la prit d'abord pour une rose. » (Les Chants de Maldoror - Chant III)

« l'esprit mécontent, il se rhabille avec précipitation, jette un regard de prudence sur la route poudreuse, où personne ne chemine, et ordonne au bouledogue d'étrangler avec le mouvement de ses mâchoires, la jeune fille ensanglantée. » (Les Chants de Maldoror - Chant III)

« l'accomplissement de cet ordre put paraître sévère au bouledogue. » (Les Chants de Maldoror - Chant III)

« Il s'approche de l'autel sacrificatoire, et voit la conduite de son bouledogue, livré à de bas penchants, et qui élevait sa tête au-dessus de la jeune fille, comme un naufragé élève la sienne, au-dessus des vagues en courroux. » (Les Chants de Maldoror - Chant III)

« le bouledogue, en colère, s'enfuit dans la campagne, entraînant après lui, pendant un espace de route qui est toujours trop long, pour si court qu'il fût, le corps de la jeune fille suspendue, qui n'a été dégagé que grâce aux mouvements saccadés de la fuite ; mais, il craint d'attaquer son maître, qui ne le reverra plus. » (Les Chants de Maldoror - Chant III)

« Il n'achètera pas de bouledogue ! ... » (Les Chants de Maldoror - Chant III)


Mais d'autres bouledogues apparaissent, comme chiens de combat :

« Tu n'es pas comme l'homme, qui s'arrête dans la rue, pour voir deux boule-dogues s'empoigner au cou, mais, qui ne s'arrête pas, quand un enterrement passe ; qui est ce matin accessible et ce soir de mauvaise humeur ; qui rit aujourd'hui et pleure demain. » (Les Chants de Maldoror - Chant I)

« C'est une succession non interrompue de combats, dont ne rêveront pas les boule-dogues, interdits en France, les requins et les macrocéphales-cachalots. » (Poésies I)

Comme chiens de garde :

« Détachez les chaînes des bouledogues, car, cette nuit, un voleur reconnaissable peut s'introduire chez nous avec effraction, tandis que nous serons plongés dans le sommeil. » (Les Chants de Maldoror - Chant VI)

On trouve dans Le Cousin Pons de Balzac (1847) une même allusion à un bouledogue chien de garde :

L'un d'eux, désigné pour monter le premier à l'assaut, passa par-dessus le mur du jardin et voulut descendre ; le bouledogue l'avait laissé faire, il l'avait parfaitement entendu ; mais, dès que le pied de ce monsieur fut à portée de sa gueule...