Malgré la condamnation que formule Ducasse dans les Poésies :
« Ne flattez pas le culte dadjectifs
tels que indescriptible, inénarrable, rutilant, incomparable,
colossal, qui mentent sans vergogne aux substantifs quils
défigurent : ils sont poursuivis par la lubricité. » (Poésies
I)
Il ne s'interdit guère d'utiliser cet adjectif hyperbolique, dans les Chants de Maldoror :
« Quel est cet homme dont le langage
sublime a dit des choses que le premier venu naurait pas
prononcées ? Quelle beauté de musique dans la mélodie incomparable
de sa voix ! Je préfère lentendre parler, que
chanter dautres. » (Les Chants de Maldoror -
Chant I)
« Alors, cet esprit supérieur, attristé,
auquel la familiarité noble de vos conseils fait sentir
davantage la petitesse de lhumanité et son incomparable
folie, plonge sa tête, blanchie, sur une main décharnée et
reste absorbé dans des méditations surnaturelles. » (Les
Chants de Maldoror - Chant II)
« Quand il voit, à lhorizon, cette
chevelure noire, balancée par le vent, il nencourage pas
sa force dinertie, et prend la fuite avec une vitesse incomparable ! »
(Les Chants de Maldoror - Chant IV)
« Sur le mur de ma chambre, quelle ombre
dessine, avec une puissance incomparable, la
fantasmagorique projection de sa silhouette racornie ? »
(Les Chants de Maldoror - Chant IV)
« Quelquefois, sefforçant
inutilement de vaincre les imperfections de lorganisme, au
milieu du sommeil le plus lourd, le sens magnétisé
saperçoit avec étonnement quil nest plus
quun bloc de sépulture, et raisonne admirablement, appuyé
sur une subtilité incomparable : "Sortir de cette
couche est un problème plus difficile quon ne le
pense. » (Les Chants de Maldoror - Chant V)
« Balancé voluptueusement par les molles
effluves de ta lenteur majestueuse, qui est le plus grandiose
parmi les attributs dont le souverain pouvoir ta gratifié,
tu déroules, au milieu dun sombre mystère, sur toute ta
surface sublime, tes vagues incomparables, avec le
sentiment calme de ta puissance éternelle. » (Les
Chants de Maldoror - Chant I)
« La femme, étonnée de laspect
majestueux de cet hôte, semblait éprouver des voluptés incomparables,
lui embrassait le cou avec frénésie." » (Les
Chants de Maldoror - Chant III)
Mais aussi dans les Poésies :
« [...] Théophile Gautier, lIncomparable-Epicier ;
[...] » (Poésies I)