« Au clair de la lune, près de la mer, dans les endroits
isolés de la campagne, l'on voit, plongé dans d'amères
réflexions, toutes les choses revêtir des formes jaunes, indécises,
fantastiques. » (Les Chants de Maldoror - Chant I)
« Tout à coup, ils s'arrêtent, regardent de tous les
côtés avec une inquiétude farouche, l'œil en feu ;
et, de même que les éléphants, avant de mourir, jettent
dans le désert un dernier regard au ciel, élevant désespérément
leur trompe, laissant leurs oreilles inertes, de même les chiens
laissent leurs oreilles inertes, élèvent la tête, gonflent
le cou terrible, et se mettent à aboyer, tour à tour, soit
comme un enfant qui crie de faim, soit comme un chat blessé au ventre
au-dessus d'un toit, soit comme une femme qui va enfanter, soit comme un
moribond atteint de la peste à l'hôpital, soit comme une jeune
fille qui chante un air sublime, contre les étoiles au nord, contre
les étoiles à l'est, contre les étoiles au sud, contre
les étoiles à l'ouest ; contre la lune ; » (Les
Chants de Maldoror - Chant I)
« Souvent, je me suis demandé quelle chose était le
plus facile à reconnaître : la profondeur de l'océan
ou la profondeur du cœur humain ! Souvent, la main portée au front,
debout sur les vaisseaux, tandis que la lune se balançait
entre les mâts d'une façon irrégulière, je me
suis surpris, faisant abstraction de tout ce qui n'était pas le
but que je poursuivais, m'efforçant de résoudre ce difficile
problème ! » (Les Chants de Maldoror - Chant I)
« Que ne t'apporteraient-elle pas ! elle t'apporteraient même
le cerf-volant, grand comme une tour, qu'on a caché dans la lune,
et à la queue duquel sont suspendus, par des liens de soie, des
oiseaux de toute espèce. » (Les Chants de Maldoror - Chant
I)
« Il y a longtemps que les doux rayons de la lune font briller
le marbre des tombeaux. » (Les Chants de Maldoror - Chant I)
« Que doit être cet assemblage d'êtres bizarres et muets
? Sont-ce des habitants de la lune ? Il y a des moments où
on serait tenté de le croire ; mais, ils ressemblent plutôt
à des cadavres. » (Les Chants de Maldoror - Chant II)
« Là, dans un bosquet entouré de fleurs, dort l'hermaphrodite,
profondément assoupi sur le gazon, mouillé de ses pleurs.
la lune a dégagé son disque de la masse des nuages,
et caresse avec ses pâles rayons cette douce figure d'adolescent.
» (Les Chants de Maldoror - Chant II)
« Pendant mon enfance, vous m'apparûtes, une nuit de mai, aux
rayons de la lune, sur une prairie verdoyante, aux bords d'un ruisseau
limpide, toutes les trois égales en grâce et en pudeur, toutes
les trois pleines de majesté comme des reines. » (Les Chants
de Maldoror - Chant II)
« le théâtre du combat n'est plus qu'un vaste champ
de carnage, quand la nuit révèle sa présence et que
la lune silencieuse apparaît entre les déchirures d'un
nuage. » (Les Chants de Maldoror - Chant V)
« Il contemple la lune qui verse, sur sa poitrine, un cône
de rayons extatiques, où palpitent, comme des phalènes, des
atomes d'argent d'une douceur ineffable. » (Les Chants de Maldoror
- Chant V)
« Songe-t-on jamais aux moyens les plus simples de faire cesser un
état alarmant ? Quand un rôdeur de barrières traverse
un faubourg de la banlieue, un saladier de vin blanc dans le gosier et
la blouse en lambeaux, si, dans le coin d'une borne, il aperçoit
un vieux chat musculeux, contemporain des révolutions auxquelles
ont assisté nos pères, contemplant mélancoliquement
les rayons de la lune, qui s'abattent sur la plaine endormie, il
s'avance tortueusement dans une ligne courbe, et fait un signe à
un chien cagneux, qui se précipite. » (Les Chants de Maldoror
- Chant VI)
« Il n'en est pas moins vrai que les draperies en forme de croissant
de lune n'y reçoivent plus l'expression de leur symétrie
définitive dans le nombre quaternaire : allez-y voir vous-même,
si vous ne voulez pas me croire. » (Les Chants de Maldoror - Chant
VI)
« Pendant la mort, un quartier de roche auprès de la mer,
un lac quelconque, la forêt de Fontainebleau, l'île d'Ischia,
un cabinet de travail en compagnie d'un corbeau, une chambre ardente avec
un crucifix, un cimetière où surgit, aux rayons d'une lune
qui finit par agacer, l'objet aimé, des stances où un groupe
de filles dont on ne sait pas le nom, viennent balader à tour de
rôle, donner la mesure de l'auteur, font entendre des regrets. »
(Poésies II)
Photo de la lune datant de 1852