Lettre II

Paris, 10 novembre 1868

Monsieur,

Je vous envoie 2 exemplaires d’une brochure qui, pour des circonstances indépendantes de ma volonté, n’avait pas pu paraître au mois d’Août. Elle paraît maintenant chez deux libraires du boulevard et je me suis décidé à écrire à une vingtaine de critiques, pour qu’ils en fassent la critique. Cependant au mois d’Août un journal, la Jeunesse, en avait parlé ! J’ai vu hier à la poste un gamin qui tenait l’Avenir National entre ses mains avec votre adresse, et alors j’ai résolu de vous écrire. Il y a 3 semaines que j’ai remis le 2e Chant à M. Lacroix pour qu’il l’imprime avec le 1er. Je l’ai préféré aux autres, parce que j’avais vu votre buste dans sa librairie, et que je savais que c’était votre libraire. Mais jusquici il n’a pas eu le temps de voir mon manuscrit, parce qu’il est très occupé, me dit-il  ; et si vous vouliez mécrire une Lettre, je sais bien qu’en la lui montrant, il se rendrait plus prompt et qu’il lirait le plus tôt possible les deux chants pour les faire imprimer. Depuis dix ans je nourris l’envie d’aller vous voir, mais je n’ai pas le sou.

- Il y a 3 fautes d’imprimerie ; les voici :

Voici mon adresse: Vous ne sauriez croire combien vous rendriez un être humain heureux, si vous mécriviez quelques mots. Me promettez-vous en outre un exemplaire de chacun des ouvrages que vous allez faire paraître au mois de Janvier ? Et maintenant, parvenu à la fin de ma lettre, je regarde mon audace avec plus de sang-froid, et je frémis de vous avoir écrit, moi qui ne suis encore rien dans ce siècle, tandis que vous, vous y êtes le Tout.

Isidore Ducasse